Mercredi 1 août 2007

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Dimanche 22

Il me semble que je m'en suis bien tiré, je suis passé entre les mailles du filet. J'ai bivouaqué sous les pauvres âmes des mois durant, le monde fumait depuis ma tour imprenable. Je suis inévitablement asthmatique, c'est regrettable. Je regarderai les hommes tomber à travers le vitrail, caché, maudit, sous les couvertures. Il y avait une guerre, une vraie, comme il nous fallait. Le lapin et le chat ont le même goût douceâtre. Je l'écris cette fois, je ne suis d'aucun secours. Je l'ai échappé belle, je l'ai échappé belle. 


Mardi 24

Ecris les lettres à sa place et ne les ouvre pas. Arrange-toi pour que l'automne arrive. Etre là quand il faut, sans indignation, plutôt que d'étouffer au soleil.


Mercredi 25

Elle était toujours à la même place, ignorant tout de moi. J'avais le coeur vide.


Vendredi 27

Penser à vider la corbeille.


Dimanche 29

Accident absurde. Le père d'un ami est tombé d'un toit. Je suis venu pieds nus au travail. A moins que ce ne soit un mauvais rêve. Je ne pense qu'à ça.


Lundi 30

Puisque je n'écris plus, que j'ai rendu les armes, je fais d'affreux serments.
J'espère qu'il me pardonnera à la fin.


150 pages. 
Août, septembre, octobre, novembre, décembre, janvier.
Je, je, je, je


Tout autour, le silence. Les morts ont enterré leur lumière après eux. Je rêve d'être digne de leur solitude hideuse. Je pourrais broyer leurs os. Je pourrais partir à Venise, user le pavé. Je ne fais que longer le cadre. Je suis le fils des morts, qu'on a criblé de dettes.


Mardi 31

Le second souffle du soir dispersera les ruines fumantes.




par C.Egolf publié dans : textes
Samedi 21 juillet 2007

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Stone is not Stone


There was a time when stone was stone
And a face on the street was a finished face.
Between the Thing, myself and God alone
There was an instant symmetry.
Since you have altered all my world this trinity is twisted:

Stone is not stone
And faces like the fractioned characters in dreams are incomplete
Until in the child's inchoate face
I recognize your exiled eyes.
The soldier climbs the glaring stair leaving your shadow.
Tonight, this torn room sleeps
Beneath the starlight bent by you.


Carson McCullers (1957)



La Pierre n'est plus la Pierre


Il fut un temps où la pierre était pierre,
Chaque visage dans la rue un visage parfait.
Entre Dieu, la Chose et moi-même
L'harmonie régnait aussitôt.
Tu as changé mon univers et la trinité s'est perdue:

La pierre n'est plus la pierre,
Comme aux figures surgies d'un rêve, il manque quelque chose à chaque visage,
Tant que sur le visage imparfait d'un enfant
Je n'ai pas reconnu ton visage d'exilé.
Le soldat gravit l'escalier lumineux où ton ombre se perd.
Cette nuit, la chambre éclatée dormira
Dans un brasier d'étoiles que tu fais se lever.


Traduction de Jacques Tournier




Trinité Perdue


Il y eut un temps où la pierre
était la pierre
Chaque visage dans la rue était perfection
Entre Dieu, la Chose et Moi
l'Harmonie régnait

 
Tu as changé mon univers
et la trinité s'est perdue:

 
la pierre n'est plus
la pierre
à chaque visage, il manque quelque chose
comme aux êtres vus en rêve
et même sur le visage imparfait d'un enfant
je n'ai pas reconnu ton regard d'exilé

 
Le soldat monte l'escalier de lumière

où ton ombre se perd

 
Cette nuit, la chambre éclatée
dormira dans le brasier d'étoiles
que tu fais s'élever.


Traduction et adaptation de Alain Suied, à l’occasion du 40ème anniversaire de la mort de Carson McCullers





Vendredi 20 juillet 2007

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Pour Eliot



The lights go down
Very high on my prefabs
I'm standing cured, my prude
Ready for the peak time
Nothing comes from heaven
You told me last night
Pointing your third finger where the sky should have been
Throat full of cutting strokes
It may have hurt you
This moment of truth
In the fullness of time

Will you take the next train
And get in the state of nature
Armed with my corrosive memories
Picking one and another as you please
Wandering here and there ?
Or will you go on behind me
Whispering a tumbling wish
Before i lie, my prude ?
It might really hurt you
This moment of truth
In the fullness of time

When i deeply searched you
In the dark of night
Trespassing your museum
Begging for your vanishing expectations
Why weren't you there, my prude
Letting love in
Crystallising the minute hand ?
Did it hurt you when i swallowed up in tears
Shouting out your name
So long ago
In the fullness of time ?




par C.Egolf publié dans : poèmes
Mercredi 18 juillet 2007

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Tout là-haut sur mon pic
Rigoriste zénith
Entre deux points de fuite
J'écorche les particules qui s'amoncellent
Le crachin à choisir
Que les rails éconduisent
Les coups ne me font rien qui ne se fâne déjà

Il sont tombés du monde les souvenirs corrosifs que je portais aux nues
Les sueurs faisandées
Les motifs barnabites
De tes mutismes vains
En fouillant bien l'amour
Rien qui ne vienne du ciel
Je compasse, je nasille aux heures de grande écoute
Je m'apprête sans mot dire au tranchant de ta gorge appelant d'autres nuits
De silences éculés
De moiteurs contenues
Et puis d'autres encore
Implorant les suivantes

La mémoire coagule
Péremptoire
Insensible
Aux fritures sur la ligne
Et aux parures d'église



(But it sounds like bubble gum)





par C.Egolf publié dans : poèmes
Samedi 14 juillet 2007

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Il se peut qu'une page manque. Pas la meilleure, non, c'est une page sans prétention, une petite page, toute petite, sans début ni fin. Fais-moi signe si elle te glisse entre les mains.




par C.Egolf publié dans : ailleurs

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en substance

?

Frankie Addams





C’est arrivé au cours de cet été vert et fou. Frankie avait douze ans. Elle ne faisait partie d’aucun club, ni de quoi que ce soit au monde. Elle était devenue un être sans attache, qui traînait autour des portes, et elle avait peur. En juin, les arbres avaient été d’un vert étourdissant, mais les feuillages s’étaient mis à foncer peu à peu, et la ville était devenue noire et comme desséchée par le feu du soleil. Dans les premiers temps, Frankie avait l'habitude de se promener sans avoir rien à faire de précis. Au petit matin et au crépuscule, les trottoirs de la ville étaient gris, mais le soleil de midi les transformait en miroirs, et le ciment brûlait en scintillant comme du verre. Frankie avait fini par trouver que les trottoirs étaient trop chauds pour la plante de ses pieds et, d’un autre côté, elle commençait à avoir des ennuis. Des ennuis si graves et si personnels, qu’elle avait jugé préférable de rester calfeutrée chez elle – et chez elle il n’y avait que Bérénice Sadie Brown et John Henry West. Ils restaient assis tous les trois autour de la table de la cuisine, parlant de choses toujours les mêmes, les répétant à l’infini, si bien que pendant ce mois d’août les mots s’étaient mis à rimer les uns avec les autres, en produisant une étrange musique. Chaque après-midi, le monde avait l’air de mourir, et tout devenait immobile.

Carson McCullers







Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes




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