Mardi 27 janvier 2009


Les dernières heures, elle paraissait absente, ses yeux étaient comme deux grands trous noirs qu'il m'était impossible de fixer. J'ai encore le souvenir de son sourire et d'un poing fermé sur ma nuque quand nous avions cessé de marcher. Ma tête avait heurté son épaule et les mots ne me parvenaient plus qu'à travers une brume opaque. Je n'ai aucun souvenir de ce qu'elle m'a dit ce soir-là. Le boulevard était proche. Les lumières de la ville m'éblouissaient. On essayait de me pousser dans le dos mais il n'y avait personne d'autre que nous deux. J'ai fait quelques pas en arrière. J'ai dû murmurer quelque chose en pensant au trajet qu'il me resterait à faire jusqu'à la gare. Je voulais préparer mon départ, un sac avec quelques affaires, je concentrais mon attention sur la suite, le premier vol, les vagues à l'ouest qui se fracasseraient contre les rochers, les écueils dans l'océan et les jours qui rallongeraient. Mon passeport était resté à Paris, les notes, le cahier bleu, presque rien. J'attendais un dernier geste, un regard, une explication. Je ne sais pas qui a disparu en premier. J'ai entendu le bourdonnement d'un moteur dans la rue déserte. Je ne me suis pas retournée vers le trou noir. 


I'm coming back to earth
Watching the ghost of a town
With a contact lens without sound 
I can spell the right names
Back to earth to the town of mine



 
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Vendredi 16 janvier 2009

machine métallique, sournoise, quand on l'appâte bout de gras
comme on entend griffes rétractiles son ossature crayeuse
s'effrite se délite, se pépite, pulpe jusqu'au fond
la grappe mécanique égrène essaime effrénée se parsème rires en boîtes à plusieurs conditionnels et
j'aimerai ne jamais dire je sais - sais - mes mots pesés désossés
me ravise et rembourre de chair
le temps que passe l'été à ne rien foutre moiteur cuisante des corps bercés balancés une deux
l'hiver le temps que je décrasse lave retape la ruine tienne debout les doigts s'agitent
la taule cabossée sous les coups se plisse froide se lisse
se détend les doigts rouges sur le front ce que la pluie radie
et par un beau matin de mars à la limite les bourgeons civils sur les civières au printemps
onze mille sur ton front les taches comblent l'été âpre sur la peau collent les sillons
creusés tièdes
boule au ventre
se gorge
la fine couche en zigzag à la guigne et se gratte un espace se rétracte
dans les airs se détache une corniche sur les toits réfléchit sa carcasse
spectre et vide
boit la tasse
aux pieds des piafs morts-nés
coquille intacte
et le trou pour la paille





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Lundi 5 janvier 2009


Je suis né enfin
Je suis né deux fois
Je naîtrai peut-être

Ce qui devait arriver
Le doigt sur la bouche
Il s'est remis à battre

Malgré les balles
Tout le monde applaudit
Je referme la porte




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Samedi 3 janvier 2009

Ce que tu as su me prendre
Garde-le au fond de la gorge
Dans les traits que tu tires
Tais-le tout au fond
Comme une attente sans fin

Il y a l’homme qui pensait savoir et celui qui sait et la religion qui les sépare
Il y a la poigne de fer gelée et les jours où j’étais à ta merci
Il y a le vide et l’arête au travers qui s’est mise à fondre

Ce qu’on déleste de nos âmes
Et les nerfs quand on devient vieux

Il y a l’homme qui fait monter sur scène l’homme qui n’a rien vu
L’homme un peu plus haut qui règle la lumière
Il y a l’homme en dessous qui en devient plusieurs
Et celui qui tourne la page

Le temps est venu
Je serai là
Dans une ville puis deux puis trois

Demande-toi ce que les cendres veulent dire
Les donneurs d’ordre ont peut-être été violés

Ah si j’étais catholique ou au moins de gauche
Moi aussi moi aussi

Garde mes pensées tout au fond
Bien au fond la poudre que j’avale
C’est tout ce que les cendres veulent dire
En fin de compte



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Dimanche 21 décembre 2008


Tu es la bouche lasse sur mon front
Et la mémoire à vide que j'enlace
Tu es la femme sous la pluie
Qui connaît le prix de chaque goutte
Hope Choke Joke
Au centuple 
En gardant la monnaie
Le jour se lève enfin

L'hiver redevient l'hiver
Et éclaire de son ciel pur
La surface des choses
Smoke
Je souffle sur la vitre sale





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Lundi 8 décembre 2008

(Oh, but wise men know when it's time to go, and so I should too)



Les papiers perdus sur le bord des lignes blanches. Hier, j’ai cueilli une fleur d’autoroute. Je l’ai offerte à une vieille femme au nez couperosé, une fleur écarlate, grosse et huileuse. J’ai aussi ramassé des feuilles sur lesquelles on défendait une cause en gras et en italique et j’ai écrit le numéro de téléphone d’une fille qui avait fait un bout de chemin avec moi au dos d’un tract orange qui volait dans les airs. Un démocrate, une sainte, un témoin de la guerre de Troie. Non loin de là, onze marins mettaient les voiles. J’ai entendu mon père me hurler de revenir mais il y avait un monde déjà et le vent gonflait l’océan de toute son âme. J’ai vidé mon sac, les papiers perdus, une de mes lettres, mes kilomètres de toile. Je ne reviendrai que si l’amour existe. Je m’explique : je m’évade - seul cette fois - dans une course infinie vers le possible enfer.


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Mardi 18 novembre 2008


Il a commencé à pleuvoir. J’ai traversé la longue avenue. J’écoutais le bruit de la pluie qui coulait. Je m’attendais à voir surgir
les mains frémissantes de ma tante Anna. Elles agitaient de petits sachets transparents, du sucre en poudre, on ne voyait que la nuit au-travers. Anna était furieuse. Elle fixait les grands immeubles bétonnés et criait fort en regardant de mon côté :
Ne quitte pas la maison, retourne d’où tu viens, ne prends pas le train, surtout pas ! Prends la fuite, sers-toi des feuilles tombées là pour te cacher le visage ! Oublie tout, n’oublie rien, marche, cours et reviens !
Les pompiers sont arrivés peu après, ils ont défoncé la porte, pensant qu'Anna aurait regagné le 55ème et dernier étage de la tour nord. Ils n’ont pas vu qu’elle disparaissait à l’angle de deux rues plongées dans le noir, laissant quelques sachets s’échapper de sa veste. J’en ai ramassé un, j’étais trop jeune pour me rappeler, j’ai goûté ce qui me semblait être du sucre ou du sel et qui n’avait finalement pas de goût. D’autres m’ont montré comment faire, feuilles d’aluminium, vapeurs, intraveineuses. Ils suivaient ma tante à la trace et sont allés jusqu’à lui faire les poches. J’ai descendu, monté des milliers de marches, gardant au fond de moi les mots humides qu'Anna avait réveillés. Ils prenaient tout l’espace de l’avenue, se logeaient dans les étalages uniformes du marché noir, bloquaient les issues de secours, poussaient drus sur ma peau et s’arrachaient parfois quand je partais pour une autre lune de miel. Il pleuvait encore. Des images se découpaient dans l’aube rouge de novembre, les gouttes tombaient comme des flocons de cendre, mon souffle montait haut et blanc pour occuper le ciel. Je me faisais des entailles dans les doigts à force de dénouer les ronces artificielles. Anna ne revenait pas. Elle avait éteint les lumières en partant, me laissant seul avec ce poids d’un siècle et les passants aux joues caves qui semaient derrière eux les sachets désormais vides de leurs âmes. J’ai décidé de courir sous la pluie.

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Mardi 11 novembre 2008




L’automne déjà !
Sans voix, je fais offense. De mes cordes rouillées, j’injurie le silence pour la deuxième fois. Une ombre bouche ouverte sous les draps de mon âme se recouvre de l’amour se découvre à genoux à couvert s’est offerte et me vole au secours. Demain, non. Hier, où étais-tu ?
Il faudrait fuir l’Europe, cette chère et belle mondaine emportée d’idéaux, qui répète l’histoire, le lit sale à l’étage et les taches coutumières
dont l’autre se réclame
qui la veille
autres elles viennent
hommes et femmes et
pareilles
Se peut-il que le sel et le miel sur mes lèvres me rappellent à ce soir où, guettant le ciel enluminé d’hiver, j’ai disparu ? Et me tiennent et m’enlèvent.
Je suis,
danse
et l’étoile.




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Dimanche 9 novembre 2008

I don’t forget (the breath of god as deep as my invaded eyes)

I lost my mind (i realize that you have not the most infinite face in Time)
It’s just my heart hurting (white and red are the colors of the bell crushed inside)
The road i believed in (and prayers of farewell, that’s where i slept last night)
Before i saw the ground (I’ll return now and then until i touch the sky)
They can wash me with their lies (I’m pretty sure they did)
And keep on looking (walking on the wrong side indeed)
For trouble if they find (Mothers at funerals and roses on the graves)
No one will say (we’re all so lonely babe)
The lyrics are faking (a million tongues are singing)
Got my blue heaven down (revolving in the sea)

And Heartache (endlessly)
I swear i was 17 when i fell in (it’s coming to an end, at least it should be)
It is the waste water of immortality
Let the call be made and mad i must be (i’m carrying my suitcase up to Letterkenny)
Heartache (in vibrating bodies the hurricane begins)
Without dreaming of life


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Mercredi 5 novembre 2008





I don’t forget
I lost my mind
It’s just my heart hurting
The road i believed in
Before i saw the ground
They can wash me with their lies
And keep on looking
For trouble if they find
No one will say
The lyrics are faking
Got my blue heaven down

Heartache
I swear i was 17 when i fell in



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Frankie Addams





It happened that green and crazy summer when Frankie was twelve years old. This was the summer when for a long time she had not been a member. She belonged to no club and was a member of nothing in the world. Frankie had become an unjoined person who hung around in doorways, and she was afraid. In June the trees were bright dizzy green, but later the leaves darkened, and the town turned black and shrunken under the glare of the sun. At first Frankie walked around doing one thing and another. The sidewalks of the town were gray in the early morning and at night, but the noon sun put a glaze on them, so that the cement burned and glittered like glass. The sidewalks finally became too hot for Frankie's feet, and also she got herself in trouble. She was in so much secret trouble that she thought it was better to stay at home—and at home there was only Berenice Sadie Brown and John Henry West. The three of them sat at the kitchen table, saying the same things over and over, so that by August the words began to rhyme with each other and sound strange. The world seemed to die each afternoon and nothing moved any longer. At last the summer was like a green sick dream, or like a silent crazy jungle under glass. And then, on the last Friday of August, all this was changed: it was so sudden that Frankie puzzled the whole blank afternoon, and still she did not understand.

Carson McCullers







Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes




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