textes


Mardi 20 octobre 2009

 


Je marche sur la voie.
Du moins j’espère, je crois sur la bonne. Y’a pas que le large, ils me demandent. Sauf que la terre promise et le grand feu de camp, c’est assez bien pour moi.
Quand j’allonge ce corps en commençant par le bas, je vois un visage plus pâle encore. Et aucune erreur, il me presse et s’imprime sur ma peau.
Après, je signe le papier en haut à gauche comme indiqué au verso.
Je marche un peu plus loin, tiré à quatre épingles, et il n’y a pas moyen de comprendre un seul mot.
Alors plutôt la dose promise et son effet immédiat.
Nous verrons bien. C’est par là.
J’avance sur la route, en suivant les autres.
Je deviens  acceptable.
Je rentre les griffes et qu’est-ce que tu crois ?
Ils me donnent ça et ça.
Je laisse des pointillés derrière moi.
Tu auras le blues.
Je marche sur la ligne rouge, je porte mon âme, mes veines, ma substance, mes organes. Je suis courageux. Je transpire. Je fais et refais la ronde tout là-haut. Les jours passent.
La nuit, je détruis tout. A l’attaque ! Renvoie-moi la balle, retourne-moi la flamme, dessine mon visage sur ton ventre ! On a tous une rue gît-le-coeur, un chemin vert, un passage des tanneurs, une église à vendre. C’est un secret entre lui et moi. Et maintenant entre nous.
Il est mort à telle heure. Il était tard, il était tenté. Il avait la noirceur d’un esclave et les fourmis comme des aiguilles dans le coeur les jours d’avant. C’est chez lui que je traîne toutes les nuits mes visions. Ca parait logique. Tout roule comme sur des rails. Elle est là. Juste là.

 

 

- Par cranskens
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Mercredi 14 octobre 2009



A pariah dog, a flatiron, a  glass-fronted cross-hatching, the city’s asleep and sleeps like a log. It’s riverside park 3 AM and the city’s fading with no bang clang west poetry. For real. Not a single tune. Neither a howling dog. No shout, no god, no host stuck in an antique comb, no falling prayers and no healthy watch. So i walk along the river and the driven mad man is there with his shined shoes and his lady-killer’s felt hat on his head. Says nothing, mumbles something, looks like he has been told. And he says and i say and i don’t know which train will be taken anymore. He says. I say. That’s it, i’m the chosen one. Right. Who fucks you up with my blackpoems, on and on. Who contributes to the giant joke. I’m one of them, look at my first shots, bang bang, north, east, the city’s asleep, look up, i’m here, ouch, what’s on? I read your poems, you motherfucker, and dig in to the skin, and i’m part of that shit, wandering the streets and the sixties and the fifth floor, with your sunglasses, sitting on the stairs next to the marble fountain. Waiting at your door. Wasn’t born too late, knockout, 1964, trash south. I write words on each knee that kill. On shore with Langston Hugues
my soul has grown deep like the rivers. Woe.


 

- Par cranskens
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Vendredi 21 août 2009

27



Il y a une croix noire sur la carte

Quartier est au sud trois tirets après le chantier

Sur les ondes : retrouvailles à Leeds demain

C’est ainsi

Ou jamais

Tu devrais essayer de t’asseoir

A l’est - la courbe au-dessus du lac indique 5 points - traits - je transporte

A dire vrai 5 ardoises

J’ai une crosse sous les doigts sur tes rêves 

Je pèse tout au plus un peu de lumière

Ca filtre

Pour être honnête, je pèse un peu plus

Je voile

Ce que je cache

Tu as vu ce que je cache

C’est une décennie

 

- Par cranskens
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Mercredi 8 juillet 2009



C'est dans cette chambre incommode que nous laisserons filer les heures. Juste le temps de faire l'inventaire et de saluer ton évolution. Les boîtes à ordures se déchaînent aux alentours du matin, carnassières de plastique, ça touche à l'enfance de l'art, qui donc en est revenu? Les draps moelleux de nos anciens emmaillottent le macchabée. Le cadavre pourrit, fleuri de motifs familiers. Il ne faut jamais revenir, ne pas y aller de main morte, le cadavre pourrait fleurir. Dans ma tête, les roses crâneuses qu'on hume devant le ravin et qu'on jette après le corps sec descendu au-dessous de nous et qui volent et se dépouillent en vol. Les maigres suiveurs assembleurs de la nuée du cortège, mille âmes pour quérir nos bières et nos longs bras veinés de feu que l'on gorgera d'extincteurs. Le soir viendra bien assez vite où nous regagnerons le lit que la mort habita hier. Gardons le rythme (...)



- Par CC
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Mercredi 22 avril 2009



Aujourd’hui, j’ai su que l’ivrogne serait le moteur de la narration. La plaie de l’ivrogne: il aurait suffi d’un peu d”alcool pour qu’elle ne s’infecte pas. Mais rien. Le silence a créé l’ivrogne. Il n’a pas voulu fuir la vérité. Mais il a dû se l’inventer dans la fuite. Il pourrait dire cette phrase à un moment du récit : “il m’a fallu serrer l’absurde au plus près et lâcher les racines qui me reliaient au monde”.


 
- Par CC
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Mercredi 18 février 2009


Peu importe qu’il sombre, c’est une comédie.

Il va à la fenêtre, jette un oeil, nuit opaque.

Les jours, les mois ont passé sans qu’il en ait douté.

Il siffle et cet air-là aurait pu le faire rire.

Alors il rit.

Il mêle son souffle à l’usine.

Comme s’il lâchait prise.

Il échappe au silence.

Lui seul le front grave.

Sait ce que tu endures.

Alors il rit.

Parce qu’il ne peut rien faire d’autre.

 

- Par C.
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Mardi 27 janvier 2009


Les dernières heures, elle paraissait absente, ses yeux étaient comme deux grands trous noirs qu'il m'était impossible de fixer. J'ai encore le souvenir de son sourire et d'un poing fermé sur ma nuque quand nous avions cessé de marcher. Ma tête avait heurté son épaule et les mots ne me parvenaient plus qu'à travers une brume opaque. Je n'ai aucun souvenir de ce qu'elle m'a dit ce soir-là. Le boulevard était proche. Les lumières de la ville m'éblouissaient. On essayait de me pousser dans le dos mais il n'y avait personne d'autre que nous deux. J'ai fait quelques pas en arrière. J'ai dû murmurer quelque chose en pensant au trajet qu'il me resterait à faire jusqu'à la gare. Je voulais préparer mon départ, un sac avec quelques affaires, je concentrais mon attention sur la suite, le premier vol, les vagues à l'ouest qui se fracasseraient contre les rochers, les écueils dans l'océan et les jours qui rallongeraient. Mon passeport était resté à Paris, les notes, le cahier bleu, presque rien. J'attendais un dernier geste, un regard, une explication. Je ne sais pas qui a disparu en premier. J'ai entendu le bourdonnement d'un moteur dans la rue déserte. Je ne me suis pas retournée vers le trou noir. 


I'm coming back to earth
Watching the ghost of a town
With a contact lens without sound 
I can spell the right names
Back to earth to the town of mine



 
- Par C.
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Lundi 8 décembre 2008

(Oh, but wise men know when it's time to go, and so I should too)



Les papiers perdus sur le bord des lignes blanches. Hier, j’ai cueilli une fleur d’autoroute. Je l’ai offerte à une vieille femme au nez couperosé, une fleur écarlate, grosse et huileuse. J’ai aussi ramassé des feuilles sur lesquelles on défendait une cause en gras et en italique et j’ai écrit le numéro de téléphone d’une fille qui avait fait un bout de chemin avec moi au dos d’un tract orange qui volait dans les airs. Un démocrate, une sainte, un témoin de la guerre de Troie. Non loin de là, onze marins mettaient les voiles. J’ai entendu mon père me hurler de revenir mais il y avait un monde déjà et le vent gonflait l’océan de toute son âme. J’ai vidé mon sac, les papiers perdus, une de mes lettres, mes kilomètres de toile. Je ne reviendrai que si l’amour existe. Je m’explique : je m’évade - seul cette fois - dans une course infinie vers le possible enfer.


- Par CC
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Mardi 18 novembre 2008


Il a commencé à pleuvoir. J’ai traversé la longue avenue. J’écoutais le bruit de la pluie qui coulait. Je m’attendais à voir surgir
les mains frémissantes de ma tante Anna. Elles agitaient de petits sachets transparents, du sucre en poudre, on ne voyait que la nuit au-travers. Anna était furieuse. Elle fixait les grands immeubles bétonnés et criait fort en regardant de mon côté :
Ne quitte pas la maison, retourne d’où tu viens, ne prends pas le train, surtout pas ! Prends la fuite, sers-toi des feuilles tombées là pour te cacher le visage ! Oublie tout, n’oublie rien, marche, cours et reviens !
Les pompiers sont arrivés peu après, ils ont défoncé la porte, pensant qu'Anna aurait regagné le 55ème et dernier étage de la tour nord. Ils n’ont pas vu qu’elle disparaissait à l’angle de deux rues plongées dans le noir, laissant quelques sachets s’échapper de sa veste. J’en ai ramassé un, j’étais trop jeune pour me rappeler, j’ai goûté ce qui me semblait être du sucre ou du sel et qui n’avait finalement pas de goût. D’autres m’ont montré comment faire, feuilles d’aluminium, vapeurs, intraveineuses. Ils suivaient ma tante à la trace et sont allés jusqu’à lui faire les poches. J’ai descendu, monté des milliers de marches, gardant au fond de moi les mots humides qu'Anna avait réveillés. Ils prenaient tout l’espace de l’avenue, se logeaient dans les étalages uniformes du marché noir, bloquaient les issues de secours, poussaient drus sur ma peau et s’arrachaient parfois quand je partais pour une autre lune de miel. Il pleuvait encore. Des images se découpaient dans l’aube rouge de novembre, les gouttes tombaient comme des flocons de cendre, mon souffle montait haut et blanc pour occuper le ciel. Je me faisais des entailles dans les doigts à force de dénouer les ronces artificielles. Anna ne revenait pas. Elle avait éteint les lumières en partant, me laissant seul avec ce poids d’un siècle et les passants aux joues caves qui semaient derrière eux les sachets désormais vides de leurs âmes. J’ai décidé de courir sous la pluie.

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- Par CC
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Vendredi 26 septembre 2008




Cast a cold Eye
On Life, on Death
Horseman pass by

W.B. Yeats




Hôtel Downhill. Voie ferrée. Face à la mer. Une maison victorienne qui côtoie des préfabriqués. Protégée par les falaises. Décor improbable. Lumière envoûtante. A la nuit tombée, un train passe lentement devant nous. Irlande du Nord, vent, bruit du ressac. Des hommes casqués se traînent à minuit sur les rails. “Until we meet again”. C’est après Bushmills et Giant’s Causeway. Rien ne glace.


J’ai mis le nez par la fenêtre. L’absolue nécessité d’écrire. Il faut se fixer des règles pour ne pas devenir fou. Deux heures par jour, toute une semaine, tout un mois. Deux heures par nuit. Je prends une photo des barbelés électriques qui jouxtent la maison, falaise abrupte, mer qu’on devine, déchets hors-champ. Un chat diabétique nous a mis le grappin, des bougies que le vent éteint, une odeur d’éternité qui arrive sans prévenir. Et des mots. Sans importance. Qui me prennent le corps d’assaut. Répétés, insupportables. Déplacés. J’ai parfois l’impression qu’il faudrait que je meure pour qu’elle comprenne. C’est quoi ? Du mal, pur, brut.

Un petit chemin à travers la lande. Downhill. La lumière qui ne s’improvise pas et qu’on croirait pourtant venue là par hasard. Putain, ce vent. Le 12 ans d’âge m’a embrasé les côtes. C’est une journée qui a commencé sans mentir. Et puis ça monte, pour trois fois rien, le coeur en faïence, je ne sais pas pour après. Il faudrait qu’on m’attache au fonctionnel. C’est apaisant, la côte d’Antrim, la Chaussée des Géants. Je voudrais que ça existe en soi, pour soi. Parasites. C’est avide et ça ne me laisse en paix qu’une minute sur deux. Ce qui ne détruit pas rend quoi au juste ?

Je fais tomber la marmelade, je ne veux pas d’explication, je ne suis plus désolée.

En vouloir à l’imagination de s’être laissée happer par le réel. En vouloir au réel de prendre toute la place. Ca brûle. Je voudrais choisir, je dois tirer à pile ou face. Je suis au seuil du plus grand soir de ma vie. C’est ça ?

Un regard par la fenêtre. Puis un autre. Je suis l’une des habitantes de la petite maison victorienne. Le réel se rejoue ici. Donne son souffle au narrateur. Dégage l’auteur de son égotisme de névrosé. Ne fait plus dans le pathos. On se retrouve parce qu’on accepte de jouer le jeu et d’en venir aux faits. L’auteur n’existe plus. Le personnage peut enfin déployer ses ailes de bâtard. Je m’en vais. Il respire.

Donc. Par la fenêtre. Je regarde les ouvriers tirer leur lourd convoi sur les rails. La mer frémit à leur passage. Un peu de lumière me laisse admirer cette lente procession qui marche presque sur les vagues. J’ai encore cru voir le visage de mon frère parmi les hommes en jaune, sous un casque.
(Le récit commencerait donc en Irlande du Nord, au-delà de Belfast, à Downhill, à 30 miles de la Chaussée des Géants)
(Le géant a détruit le pont qui reliait l’Irlande à l’Ecosse, à cause de la peur)
Bon.
Le gérant de l’hôtel n’arrête pas d’aller et venir en traînant un nombre incroyable de poubelles. Il les amène en bordure de plage. Peut-être il les vide dans la mer. Il y a un gigantesque panneau sens interdit. A chaque fois, il passe devant la table où je ne me lasse pas de contempler le décor improbable qui m’entoure. R prend une photo de nuit de la maison victorienne. Un train finit de colorer les lieux de ses feux aveuglants. Un chat diabétique épie nos moindres gestes. S’il n’y avait cette sourde terreur pour me rappeler à l’ordre, je me coulerais au plus profond de cet instant. Total. Parce que j’ai aussi la lumière de Giant’s Causeway dans les orbites et l’odeur du sel qui m’ouvre le ventre.

En fait, je vais peut-être devoir le laisser de côté et écrire le plus urgent. Je n’ai plus le sens des mots originels. Il se pourrait qu’ils doivent se dissoudre pour renaître. Je ne peux plus. Je vais d’abord en finir avec cette histoire. Un jour, juste après, j’y reviendrai. C’est peut-être ce choix qu’il fallait faire. Je ne laisse pas tomber, c’est dur. En finir avec la peur, les noeuds.


- Par Cranskens
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à l'origine

en substance

léon et marcel


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