quatre feuilles, un mot

Publié le par cranskens

 

Mes épines sous la peau comme des mots de travers à recouvrir d’encre. Ma peau tordue d’épines enragées, de cris à la ligne, de verbes tus, ratés, de cris ratés, la balafre des mots, combien de traits ? Les mots me gênent, veille de cris, d’encre sèche, vivantes ratures de mots morts et enterrés. Parle toi, d’un mot barré, dehors des mots levés, à la marge, retenus, répétés et les lignes. Je veux la fin des mots dans ce chaos de mots raccommodés, un feu de mots serrés de près, le corps-squelette des mots fait d’intime et de plaies. Les mots sous la lumière crue démontés. Illimiter le verbe. Les mots pour ce qu’ils sont et ne seront jamais, dans le rythme toujours. Je veux les ignorer. Je veux les perdre en suivant le fil craché des avions.
Ils étaient sortis d’une tête d’épingle. Ils avaient fini par faire sonner la cloche qui pouvait encore sonner, depuis les gouffres de la terre jusqu’aux cimes intouchées. Ils coulaient de mémoire vers le lieu obstrué, à toutes voiles, et de brèches en épaves, ils atteignaient les hors-voix. Les étoiles saintes les accompagnaient et la profondeur des chambres d’hôtel. Mots-chercheurs de lieux nouveaux, mots de ruines, pauvres mots, mots sales, décomposés. Les voilà minés de pierres, impossibles à soulever encore sans les nerfs, l’œuvre des doigts. Si ce n’était que ça sur le papier qui crisse, la lumière dénouée à cette heure où les mots ont pris racine avant de s’envoler, visages nets, balles perdues au-dessus des charniers.
Je les ai perdus en suivant le fil.

 

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