FPDV (sin mezcla)

Publié le par C.Egolf





Il s’est hissé jusqu’au sommet, jusqu’à l’entrée de la cantina. Des fleurs jaunes avaient recouvert le chemin. Elles embaumaient, quelques gouttes, le ciel à boire, il s’en serait bouffé les semelles, elles avaient fini par lui sortir des entrailles. Les ombres s’agglutinaient dehors, dedans surtout, à croire que l’autre n’existait plus. Il s’est essuyé les pieds avant de pousser la porte et de se planter devant la pénétrante incarnation, les multiples visages et les mains accrochées aux verres, réunis en un geste onduleux, en un lieu qui berce la tempête, Mictlantecuhtli, le ravin qu’il cherche des yeux. Il reprend son souffle et commence :
“Des secousses de mon corps, convulsions d’absinthe, y anis y tequila y whiskey. Je mélange et je vous prends tous à témoin sans oublier le Dieu Mezcal, si señora Gregorio, c’est la boisson finale, la solution universelle, versez m’en un poquito. Una vez más por favor !”
Il s’effondre. Il a le regard lavé-lucide de l’homme qui sait et qui, le poing baissé, fait mine de se dissoudre. Il caresse la chopine, avale, se rattrape au comptoir. Les voix se sont tues. Il fait face, il hurle presque :


“ Frères de bouteille
Trinquons à l’aveuglement
Prenez place amis borrachos
Je vous invite en Enfer
Dolente...dolore
Demain je retourne d’où je viens
Appelez-moi, poignardez-moi innocemment
Je veux des salves répétées de coups bienveillants
Comme vos pères avant vous
En accroche salutaire
L’amnésie de l’ivrogne qui vous tuera tous ”



Une pâle lueur bleutée. Derrière la fenêtre, les volcans ont irrité la voûte céleste en tentant de se créer des liens sur terre. Il est trop tard, la musique reprend. Il lève son verre, une horloge quelque part qui ne s’arrêtera plus, une horloge sans aiguille. Il attend l’ultime combustion, the alien dialect, la soif terminale, l’odeur de sainteté.
Quiere usted que Cristo sea nuestro Rey ? Il boira jusqu’à ce que la Chicharrona le prenne. Veiller jusqu’à son terme et se laisser glisser au fond du cri, to the garden. Hallelujah. Certains volcans, comme certains hommes, ne meurent pas en vain. Dicho popular.   


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Comité chaviste de propagande salliste 20/03/2007 13:40

Lisez Sallis ! Lisez Drive ! 175 pages de chef-d'oeuvre noir, beau, désespérant, sublime. Lisez Drive de Sallis, Rivages/Noir, 6,95 euros.

Eric LÖW 17/03/2007 19:17

"les orgueilleux" avec Gérard Philippe, va passer à la tévé...
ambiance...