Qui s'enfuit un jour vers le nord

Publié le par C.Egolf

 

 

 

 

Dès qu’il vit la chose, il pensa au rasoir. Il détourna les yeux mais dans un coin de sa tête, le vieillard était toujours là, planté au beau milieu du champ de ruines, la couverture remontée sur les genoux. Sinistre fossile, il dormait des pieds à la caboche, au-dessous des herbes folles du jardin détruit, c’était absurde avec tout ce bruit ! Il s’est traîné jusqu’à lui, quoi de plus abject, chavirant, vacillant, rampant même, il traversait les Enfers pour lui tendre la main. Si seulement il avait pu s’enfuir, si seulement il avait su vers où se tourner pour trouver le nord. Il pensait à la lame du rasoir, figée dans la poussière, renaître et s’en aller, c’était ça la solution, l’eau fraîche sur ses joues, qui coule et qu’il laperait, par à-coups, cela s'entend, le cœur se soulève, mais il boirait. Il boirait jusqu’à vomir son être, les insectes en hauteur dominant son Eden dévasté.

Le vieillard tanguait. Dans le brouillard, il avait fini par reprendre connaissance, misérable bouche qui s’ouvrait et dans laquelle il déversait le reste de sa cuite. Sec comme une trique, il se levait désormais, il ne guettait plus les cadavres que les ombres avaient engendrés. Il se servait à nouveau, longue gorgée frémissante, il trinquait à la paix de l’âme. Dieu que c’était bon de se laisser choir sur le lit et de faire le mort une dernière fois avant de prendre le large !


 

Publié dans textes

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Plaiethore 04/02/2007 23:46

Je prends le train lunaire en route.Les secousses caustiques ont déjà gravées leurs empreintes dans une chair de ressentis.A bientôt donc :)

Eric LÖW 28/01/2007 11:08

dIEU contemplant son eDEN dévasté... il prit 1 cuite & devint humain