autre part

Publié le par C.Egolf







La lumière abîmait vos visages
Je les ai tous perdus


Je n'étais rien qu'une silhouette claire sur le quai de la gare. L'heure était passée depuis longtemps. Il était environ six heures du soir et autour de moi, les gens se pressaient. Le train était attendu voie numéro 2. De la foule s'échappait une plainte musicale que je respirais les yeux fermés. Un homme à ma droite venait sans doute de réaliser qu'il avait oublié quelque chose, quelque part, dans l'aéroport. Une femme pleurait. Un vieillard au teint de plâtre racontait l'histoire de son exil forcé. Le train était devenu un petit point de fumée suspendu derrière mes paupières. Il faisait encore jour, je revenais vers la ville-aimant pour m'y perdre un peu plus et me réveiller de l'oubli. Quand j'ai ouvert les yeux, il se tenait devant moi, grand, sec, il s'est penché pour saisir la poignée de sa valise, en se relevant, il se casserait peut-être. De dos, il ressemblait à mon père. Il n'avait pas remarqué ma présence. Il est entré dans le wagon, j'ai hésité quelques instants avant de le suivre. Je suis venu m'asseoir en face de lui. Il m'a souri et j'ai cherché dans mes souvenirs mais je n'ai rien dit. J'ai tourné mon regard vers la vitre. Les paysages défilaient, me brûlaient. Je revenais à Casablanca comme on revient dans le monde réel.


Tout le jour, j'avais attendu que l'avion s'envole


Publié dans textes

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obni 21/01/2007 19:10

Superbe texte ! L'atmosphère, sensations… Du plaisir de lecture !

eZann 19/01/2007 16:12

entre ici et là, pendant que le réel advient, la pensée vague au grée des couleurs sur la vitre, y dessinant souvenirs et trajectoires.
je t'attendrai en comme un mot suspendu à la gare.

Eric LÖW 18/01/2007 10:15

sur les 3 derniers textes : comme d'hab' : très fort !
cela fait-il partie d'1 texte + long ?
est-ce édité ?

C.Egolf 18/01/2007 15:06

j'ai commencé à écrire quelque chose de plus long mais ce texte n'en fait pas partie.j'attends d'avoir fini pour en parler.à +

delphine 17/01/2007 19:54

Tout le jour, j'avais attendu que l'avion s'envoles'arracher à l'attente monde réelmonde qui a survécu à l'oubli et qui existe au delà de l'oubli au delà du souvenirlibreétrange et familierTout le jour, j'avais attendu que l'avion s'envoleune obsession creuse le texteet ne se révèle qu'après coupcomme à signifier'tu as lu ceci'mais 'c'est aussi cela qui avait lieu', que tu n'as pas lu, que tu lis après coup(petit interlude silencieux)