Ravalement de façade

Publié le par C.Egolf







J’en reviens toujours à ce qu’il faudrait que j’oublie. Et des jours entiers passent. J’ai accumulé des images et des reflets d’images, d’abord dans la tête, et puis ça a débordé, elles se sont diffusées jusque dans mon ventre.
J’ai souvent mal à l’estomac, une douleur qui est arrivée un beau jour et qui s’est facilement fait sa place, sans remue-ménage.
Elle est acceptée. Elle fait partie de la famille désormais. 
J’essaie d’en prendre soin du mieux que je peux, de lui procurer tout le confort nécessaire. Ça brûle quand même un peu trop fort parfois. Mais je ne crie jamais. Je refuse aux mots de sortir. Si elle se propageait vers l’extérieur, la douleur me quitterait et son sens avec elle.
Depuis quelques temps, elle grossit. Elle pèse lourd dans mon ventre. Je la traîne toujours avec affection mais les efforts que je dois fournir deviennent de plus en plus importants. Et j’ai de plus en plus mal.

Elle s’arrache à moi, ma douleur.
Elle en fait trop, sa masse m’écrase, elle réclame plus. Je n’ai pas les moyens de lui donner ce qu’elle attend. Toute la place est déjà prise mais elle ne se fixe aucune limite. Je sais que je ne pourrai pas la retenir encore très longtemps.

Je la transpire à présent. À grosses gouttes. D’épaisses suées rougeâtres recouvrent ma peau. Elle s’enfuit en me laissant la trace de sa fuite en souvenir. Le rouge pâteux devient liquide au contact de l’eau quand je m’en lave et il glisse sur mon corps et il sèche aussitôt. Il y aura des stigmates.

Elle s’est mise à aborder la fin. Lentement, comme une coulée de lave compacte sort de son cratère, elle est remontée tranquillement le long de ma gorge, s’est introduite dans ma bouche puis a écarté mes lèvres.
Elle s’est vidée hors de moi. En prenant son temps. Il y avait le feu à l’intérieur, ça m’a brûlé et ça brûle encore mais elle ne se pressait pas à son enterrement. Et je me suis retrouvée à genoux, attendant que la longue marche des couleurs se termine. C’était chaud sur le sol, je m’en tartinais les mains de ma douleur et je m’en barbouillais le visage. Elle était à moi avant, blottie dans mon ventre, dans mes tripes, perdue à l’intérieur, invisible. Et maintenant, je découvrais sa matière. Elle se dévoilait à mes yeux pour la première fois. J’étais émue de la voir ainsi démunie, sur le point de disparaître. Alors j’en éclaboussais les murs et les fenêtres de ses couleurs chaudes, je me fabriquais des souvenirs d’elle.

Du jaune sur ce miroir immense, il m’en fallait, et du rouge et du mauve aussi. J’ai repeint plusieurs pièces en orange et quelques portes en violet et tout venait de toi, ma douleur.

Et puis plus rien à renvoyer, plus rien dans la gorge. J’étais vide de toi.
Restaient les couleurs.


Publié dans textes

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mummm 29/02/2008 22:03

alors ça !quel coup de poing, dire que tu sais tout cela....ce que tu écris est immense...

Audrella 20/01/2007 02:20

je ne doute pas que ma chère C. ferait un très bon peintre, avec de tels mots ce serait un génie. je serai très intéressée pour voir le très peu.
amitiés

L'oeil regardait cahin-caha 14/01/2007 20:33

oooooops iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
toutes mes confuses, pour ce i et ce point sur le i manquant...
Je te demandais si tu pratiquais la peInture, car tes mots me semblaient fort colorés...

Eric LÖW 14/01/2007 11:42

tu pends "très peu"...c'est déjà inquiétant !...

L'oeil regardait cahin-caha 13/01/2007 19:16

Pendrais-tu par hasard en plus d'écrire?

C.Egolf 14/01/2007 02:10

Je pends très peu. Je peins à peine plus. La plupart des visuels (il suffit de cliquer dessus) proviennent de Piece of Time, un très bel endroit que je te recommande.