Vers la fin (écho: le vent faiblit encore)

Publié le par C.Egolf




 

 

Je n'invente rien. Un jour, la fièvre tombe. On se réveille peut-être avec une vague idée de ce qu'il faudrait dire, les rasoirs couverts de rouille, les boulets qu'on se traîne, les doigts qui frôlent la vitre attendant dieu sait quoi. Mais on ne dit rien, on range soigneusement les fleurs pourries dans un carnet, on réajuste sa veste, le chapeau du grand-père, une mèche de cheveux. On s'apprête à se mesurer au vent de Novembre, à remonter la rue étroite et poussiéreuse qui mène au parterre dégarni du monument aux morts, et on se lâche, on parle aux fantômes, les siens et les autres, qui se pointent en claudiquant, qui ont la gueule friable, qui condamnent et qui bavent et qui sont à détruire, à traduire en gestes avant qu'ils s'évanouissent, à détruire au final.

Où, comment, pourquoi ? Pendant des années, on en entendrait parler, de la silhouette agenouillée près de la fenêtre, des hommes devant, trois balles dans la nuque, derrière les volets, la foule universelle s'impatiente, elle en appelle aux mains et au pardon des écoeurés de la gâchette, des saints sauveurs ratifiant visage en croix la mort, elle bêle et applaudit du bout des doigts ceux qui claquent des dents et brisent les miroirs et en reprennent pour dix ans. Au moins, l'heure tourne. Tant bien que mal, on s'en approche. Marcheur, on préfère la compagnie de l'automne, l'hiver, les draches diluviennes ou le vent en rafales. Et les odeurs de cave s'enfuient, eau croupie, bois moisi, sang lavé par la pluie, de rigoles en caniveaux, c'est assez, qu'on me vide, le déluge, en-dessous le vide, le vide, et encore le vent.

L'homme s'est assis sur les marches du monument aux morts, il ne se retient plus, il pleure, des amoureux perdus derrière ses larmes, la patrie reconnaissante. Dans l'ombre, un éclair rouge vif, un voile, des yeux se noient dans l'infini silence.


Publié dans textes

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L'oeil regardait cahin-caha 13/01/2007 19:12

Je prends enfin le temps de jeter un oeil ici, et ce que j'y vois me plaît. Tes écrits percutent.

Neil 11/01/2007 11:01

Très belle variation autour d'un thème si familier, à la fois si loin et si proche. Quelle écriture, mes respects... "_"

1969 in the sunshine 09/01/2007 22:49

Très bien, très bien, tes derniers textes sont remarquables,à bientôt (avec plus de choses à dire),L. Eliot    

Eric LÖW 09/01/2007 18:15

je deviens groupie de cette écriture