si proche

Publié le par C.Egolf





Dans la fièvre, une nuit, je t'ai revu, flou, en déséquilibre, tu te foutais d'attraper la mort. Tu aspirais les dernières couleurs du ciel. En reflet, je discernais l'au-delà, nuages cotonneux, et dans tes mots à peine chuchotés, je savais que tu inventais la suite. Nos corps en attente, redécouverts dans la pierre, odeur de cire. L'écriture imminente, noire, du passage à vide, et le blanc se sature de signes, je ne sais plus quel jour c'était, au mois d'août, le 11 peut-être, le 12 je crois, à un moment donné, les bruits resurgissent. Le vent, le guide, révélateur indigne, s'engouffre et se gorge de nos égarements. Il me montre du doigt l'invisible, l'émerveillement de l'enfance, l'enthousiasme, le sensible. Il me hurle sa folie, la terre qui craque et vacille, il t'enveloppe, je le sais qui insiste, tu te retournes et le vent résiste. Mes pas sont lourds, j'ai peur qu'il s'évanouisse, qu'il essuie en nous quittant les traces et que l'encre de ma plume se tarisse. Tu me serres la main et j'entends le souffle s'enfuir. "Ses yeux veulent tout voir", me dit-il. Les feuilles sont posées sur la table, en désordre les paroles oubliées s'écrivent, l'aube est rouge, rien au monde ne m'appartient plus que ce temps du souvenir. Ecrire ton corps, cette heure dans la nuit, l'homme-abîme. Sourire quand le gouffre danse au-dessus de nos têtes. Ecrire la lumière finissante se fixant pour toujours entre les flèches élancées de  la petite chapelle au voisinage de silence, écrire l'envie d'en finir. On n'existe plus que dans la brume envahissante du passé, le crayon ne se repose jamais, il me faut une place assise, infiniment vide. Je crois n'avoir rien oublié des heures du vertige.


Publié dans textes

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Audrella 11/01/2007 23:49

Tu me serres la main et j'entends le souffle s'enfuir. "Ses yeux veulent tout voir", me dit-il.
quand je relis ce texte je me dis... oui... je souris... c'est ça... parfaitement ça...

amitiés

A*

delphine 07/01/2007 12:44

"je crois n'avoir..." cher eliot n'est pas une certitudefrankie addams a plus de finesse que çaet s'il laisse venir le jourou la nuitc'est parce qu'il habite (peut-être) l'éclair!près de "la petite chapelle au voisinage de silence"quant au hasard il n'a rien à faire icimallarmé y a fait ses osle hasard n'existe plus depuis longtemps!(et ça n'est pas une certitude mais une affirmation, qui n'engage qu'elle même et ceux qui l'éprouvent dans leur conscience)

Eric LÖW 05/01/2007 12:39

de beaux textes sobres, à l'émotion retenue mais bien présente

Leonard Eliot 05/01/2007 02:28

Cochonnerie lucide et brillante. je réponds à ta question par tes propres mots ; tu dis : "rien au monde ne m'appartient plus que ce temps du souvenir".. voilà, et lorsqu'en plus on a la certitude ("Je crois n'avoir rien oublié des heures du vertige") de ne rien laisser au hasard, le jour peut venir tranquillement.