darker with the day

Publié le par C.Egolf





Il aura suffi d'un rien, d'un lourd nuage, d'une maigre averse, d'une feuille tournoyante, d'une couleur perdue. Dans cette pièce, il fait noir bien avant la nuit. Je flotte un peu, suspendu au dernier rayon de lumière. Dehors, l'entêtante rengaine d'un vent qui se perd dans la chair et dans les os me murmure ce rêve d'automne, arbres dépouillés, eaux troublées, cieux épuisés. Depuis que tu n'es plus là, je filme les paysages dénudés, irradiés d'un blanc tellement pur qu'ils me brûlent les yeux. La route traîne sa lente procession de calvaires, images volées de croix et de sang, ils glacent, ils craquent, ils aveuglent. Je coupe dedans, je hâche, je m'hypnotise et la vision s'impose. Les vagues s'écrasent sur ton corps, en contrejour, les roches font rempart.

La folie des terres du Nord se révèle lorsque je m'éloigne de la ville. Où que j'aille, le ciel est à deux doigts de m'atteindre. L'horizon qu'il balaye doit s'étendre jusqu'au bout du monde et, sur le chemin de mes premières insomnies, le phare-monolithe de la capitale des Flandres allume des feux éternels au pied de mes naufrages adolescents, territoires fissurés, ouverts à tous les vents, sans colline, sans vallée, vierges et démunis, notre beauté fragile.

La ville est un abri, une étoile, un aimant. Elle brille et son rayonnement prolonge son existence à l'infini, guide les âmes errantes, grises, comme le ciel, protège de l'horreur des rites et me souffle ton nom.

Le Nord privé d'océan, encerclé par l'éther, brûlant et immaculé.
Le Nord envahi par le manque, vide de toi, crépusculaire.


Publié dans textes

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Eric LÖW 21/02/2007 09:52

très très beau textetoujours des images étonnates qui surgissentdans chacun de tes textes, la poésie est à l'oeuvre

delphine 01/01/2007 17:11

crépusculaire salut à l'aube du deuxième jour c.egolf!