noli me tangere

Publié le par Cranskens





VERTIGE


Ils montrent du doigt le ciel et ce qu’ils visent au fond : l’ange et l’éternité de son incapacité à devenir. Ô comme les mutations éprouvent l’être ! Je suis et ne peux demeurer à ma place sans embraser l’air. Il faut partir alors. Aux quatre coins du siècle, les hommes m’ont instruit de leurs charniers cycliques. Enfant, j’en ai conclu à la pluie sèche du coeur. Que mes yeux sont petits, que mon regard est lâche ! Je ne donne que mon souffle à ce qu’il reste à voir. Et pulmonaire encore ! J’attends le coup de grâce, c’est le ventre qui crie, où est la liberté ? Au brasier, sertie de sens moral, de faits carolingiens et de derniers repas. Les os poudreux du coeur se balancent en mesure, on signe le mal en germe. Je cherche à oublier le saint jour du baptême et la lecture des droits. J’ai goûté au poison, sans halte, j’ai déchiré l’enfance, une lame, sans poser de limites. Et toujours je butais contre les fours à chaux et les cendres et mon âme. C’est que les corps avancent en battant le pavé, graves et hauts, saisissant les fermetures éclair, brandissant les actes et remisant l’ennui. C’est qu’il me faudrait renaître, au débarras l’histoire, et passer le flambeau. Mes jambes porteraient plutôt le ciel.

ABANDON

Ah, l’envie de se perdre, la vanité de croire ! Je subis la violence du liquide qui me tord et je serre les quenottes car le crime à commettre n’écoute que mes lois. Je renverse mon verre sur le profond silence. Les flammes au loin,  j’approche, je me brûle au milieu, au visage, à la main. A l’issue du monde, peut-être on y croirait encore à mon inconsistance. Où suis-je ? Sur le mur ? Au sommet de la crête ? Dois-je avouer ce qui se consume en moi ? Je décevrais la mort si elle faisait son beurre, je cracherais des étoiles sur les clochers de Dieu, je vendrais le communisme à bas prix sur les terre pleins d’Asie, je vivrais sur le dos des squelettes, je n’oserais que rougir de mes élans crédules. Je serais la charité, la justice, le déclin de la morale. Je couperais l’orgueil à mon vin. Je leur serais précieux à force d’inexistence. Le réel m’appartiendrait en tout point. Où sont les soirs d’ivresse où les vagues m’enlevaient ? Le passage à l’acte : c’est encore moi. Je suis l’amour délétère qui sommeille, le couple mensonger et le mensonge ultime, je m’habille de chimères et de secousses sismiques. Je m’inscris au néant. Qui me chassera du rêve ? 

AUTRUI

Je ne peux en vouloir, être dupe, déglutir. Je transpire à gouttes pleines les trahisons du coeur. Je me cache au tournant la gourmande innocence, les vulgaires retrouvailles, les revenants diserts. Je ne demande qu’à gober les ruses primitives. Je donne ma démission sitôt la première pinte. Et non, les flammes encore, et le baiser fiévreux qui nous déporte en masse. J’y retourne et folie, ne ressens que le vide. Je voudrais qu’on me comble de vivantes certitudes et d’oublis salutaires. Qu’on me troque contre un perce-neige, un écumeur de mer, une fleur de macadam, un gangster. Qu’on fasse un étendard de l’enfant brûlé vif à la gloire des principes. Qu’on soigne la mise en page, qu’on produise en série, qu’on sous-titre en langues mortes, que des écrans géants s’allument dans les cimetières, qu’on fasse couler la bière aseptisée d’Europe sous les gravats de pierre. Jour de fête nationale, arbres de la liberté plantés sous les hospices, épidémies de jaunisse sur les murs à deux tons, coulées de peinture fraîche aux abords des grandes villes. Ce serait l’âge des possibles. Et la vérité belle aux yeux irrésolus.



Publié dans poèmes

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dimitri sandler 10/09/2008 01:17

Votre travail est vraiment accompli. C'est si rare. Vous n'envisagez pas d'écrire un roman? Enfin, une continuité, même fragmentaire?Merci.Dimitri.

Blue Jam 02/09/2008 22:43

Je me permets de déposer ici une Plume Brillantissime.Participation facultative ;-)

gari 02/09/2008 22:08

je suis pas gourmand de lecture ,  mais  j'apprécies  , ces textes parraissent   abstrait  , pourtant  il parlent  de la vie