déserts

Publié le par cranskens







Désert 1


On dévie des blocs, le passage à niveau
Entre les bribes cataloguées de mots
J'ai pas écrit les mots, j'ai tourné autour
J'ai blanchi à la craie, en attendant là-haut
(Là sur le chemin de ronde), qu'on soit pour
Les yeux distants et la corde autour
Qu'aucun de nous je parie ne savait
J'en ai bavé mais à te croire
J'ai expié pour mes fautes
Et pour l'hôte qui les accueillait
Du plomb dans les bottes
Je les ai semées
Un peu partout
Entre boire et baiser
C'est qu'il me reste
Un peu d'espoir
Car la route est longue

On se dissout entre les ombres
Ca tient à rien comme on se défend d'y croire
A nouveau j'ai soulevé le monde
Pour qu'il se penche encore un peu saoul si peu
Je n'ai couru que pour les voir enfin
Les yeux sombres encore mieux
Que de passer mon chemin
J'ai refait le tour sans répondre
Aux fumées qu'on me signalait
De loin en loin je les ai gardées
Les pendules à l'heure
Et le plomb dans les bottes
Avant de les semer
Un peu partout
Entre boire et baiser
C'est qu'il doit rester
Un peu d'espoir
Puisque la route est longue

Et plus tard il fait nuit déjà
J'ai porté le sens à bout de bras
Et la malle s'est ouverte
Je ne m'en porte pas plus mal crois moi
Il y a des sons maintenant
Dans le désert
Il y a des sons maintenant
Dans le désert
C'était un accident
Mais la malle s'est ouverte
En plein élan sans doute
Les mots
Dans le béton
Entre boire et baiser
Sous une semelle de plomb

Et je dois m'accorder
Un noeud coulant d'espoir
Vu qu'il y a la route
Qui me prend dans ses bottes
Ce soir
Et que la route est longue (mon coeur)
Et que la route est longue
Et que la route est longue




Désert 2


Oui, on a cru qu'on était seul, entre nous, une ou deux versions des faits, la folie, parce que ce mur là qui dépasse toutes nos espérances, parce que la fracture qui se sait hors de portée, parce que l'indisposition des astres. Tant d'impudeur livrée aux dents saines. Alors ce grand rien, on y vient, qu'on voulait nous dicter de célébrer d'une part, comme la pluie qui se met à glacer sec tout à coup. Plus tôt, le soleil qui commet l'irréparable, ce qui ne saurait demander pardon ou sur un ton de faussaire, comme l'évidence de cette aspiration qui ne compte que parce qu'elle se passe de commentaire, entre nous, qu'elle se passait d'heure en heure, bien qu'il faille oublier, c'est ce qu'on nous apprend et qu'on répète et qu'on se surprend à réciter comme une prière longtemps retenue. Comme on se connait, on se perd et l'on ne se retrouve jamais tout à fait, blessé d'avoir tenu le visage d'un mort entre nos mains et de l'avoir rendu à la vie. Et l'on se punit d'aimer puisque le cadavre de l'amour nous a promis de rester debout, ultime injure que nous avions nous même provoquée, c'était là, le sang sur nos mains, les crans d'arrêt, les images-barbelés, le corps fouillé de l'homme qui comprend un jour son erreur, à force de creuser le coeur même de la terre blanche et stérile. Une autre fois, il y verrait le désert en entier. Un jour de pluie, il comprendrait que le désert est éternel et sans pitié. Et qu'il ne passe aucune porte.



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ced 15/06/2008 19:43

toujours aussi dense et talentueux l'ami!!! et Manosque? projets stimulants? en tout cas...pour un texte à quatre mains..c'est quand tu veux....

Gobi 09/06/2008 11:18

Après l'heure des ordures, qu'est-ce que ça peut foutre ? Enfin ! C'est bon !