au large

Publié le par C.Egolf


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Dimanche 22

Il me semble que je m'en suis bien tiré, je suis passé entre les mailles du filet. J'ai bivouaqué sous les pauvres âmes des mois durant, le monde fumait depuis ma tour imprenable. Je suis inévitablement asthmatique, c'est regrettable. Je regarderai les hommes tomber à travers le vitrail, caché, maudit, sous les couvertures. Il y avait une guerre, une vraie, comme il nous fallait. Le lapin et le chat ont le même goût douceâtre. Je l'écris cette fois, je ne suis d'aucun secours. Je l'ai échappé belle, je l'ai échappé belle. 


Mardi 24

Ecris les lettres à sa place et ne les ouvre pas. Arrange-toi pour que l'automne arrive. Etre là quand il faut, sans indignation, plutôt que d'étouffer au soleil.


Mercredi 25

Elle était toujours à la même place, ignorant tout de moi. J'avais le coeur vide.


Vendredi 27

Penser à vider la corbeille.


Dimanche 29

Accident absurde. Le père d'un ami est tombé d'un toit. Je suis venu pieds nus au travail. A moins que ce ne soit un mauvais rêve. Je ne pense qu'à ça.


Lundi 30

Puisque je n'écris plus, que j'ai rendu les armes, je fais d'affreux serments.
J'espère qu'il me pardonnera à la fin.


150 pages. 
Août, septembre, octobre, novembre, décembre, janvier.
Je, je, je, je


Tout autour, le silence. Les morts ont enterré leur lumière après eux. Je rêve d'être digne de leur solitude hideuse. Je pourrais broyer leurs os. Je pourrais partir à Venise, user le pavé. Je ne fais que longer le cadre. Je suis le fils des morts, qu'on a criblé de dettes.


Mardi 31

Le second souffle du soir dispersera les ruines fumantes.




Publié dans textes

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léo 15/08/2007 01:06

Je sais d'étranges morts qui ne pourrissent pas...

Niko 04/08/2007 19:59

Un état des lieux "caustic" et lumineusement sombres, où les torpeurs assassines appellent un souffle salvateur.

Eric LOW 04/08/2007 09:31

samedi 4suis allé sur le blog de L.C.troublant & très fortcomme d'habitude

dick shaver 03/08/2007 22:56

je relève dans ton journal des mots qui font exactement écho à des choses que j'aurais pu écrire dans le mien si j'en avais un. c'est troublant. effrayant, mais je crois que l'été 2007 est pour le moins... dé-routant.PAN dit le code ob

Almaterra 03/08/2007 13:28

Le journal est un exercice déroutant de sincérité que tu sembles parfaitement maîtriser.