eaux dormantes

Publié le par C.Egolf


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Les lampadaires étaient coupés un peu après vingt-trois heures, quand le silence avait déjà tout envahi et qu'il allait falloir s'y résoudre. C'est à ce moment précis que la ville me manquait le plus. La légende n'était pas loin mais elle n'avait plus de prise; les enchantements se volatisaient, aspirés par la pesanteur indicible du lieu. Seule la pointe du clocher de l'église parvenait encore à se détacher de l'opacité ambiante, lorsque, au coeur de mes nuits insoumises, les étoiles s'en mêlaient. Alors j’attendais que mon corps s’engourdisse, la tête sous les astres, les projets remis au lendemain, les lectures éparpillées sur le sol et les mots repoussés loin, très loin, à l’année suivante, je m’entends, ce n’était pas vital à l’époque et le lieu ne s’y prêtait pas. Je dormais peu, je rêvais mal, la journée du lendemain me promettrait des songes plus doux, des extases plus vives, je faisais traîner, où accrocher le réel dans ce monde en sourdine qui réveillait les fantômes, mythifiait l’idéal et embrasait l’imaginaire ? J’épuisais le mystère en bordure de lac, la rumeur des eaux dormantes. Certaines heures, je m’aventurais plus loin, je trébuchais contre les racines des arbres immortels et glissais au creux des essences féériques mon être hypnotisé.

Un jour viendrait où l'homme aux mille noms se réjouirait du déchaînement des flots. Le cristal émietté, il marcherait sur l’onde avant de couler à pic en plein ciel, dans un souffle de rire qui n'est pas de ce siècle.
Un jour viendrait où le matin très tôt, quand la lumière paraît encore fuyante, je quitterais l’immeuble, les crevures de mon coeur, les souvenirs couchés en petits rangs serrés de textures indigestes. Le pont métallique luirait sous le blanc laiteux du ciel. Tes caresses invisibles, nous volons dans les airs, la pendule tout au fond. C’est que les mots nous font tourner plus vite, peaux tendues, dans les ruelles obscures.



Publié dans textes

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khyungpo 19/06/2007 08:17

Merci pour ta visite, je crois que je vais aimer venir lire ici aussi...

anaka 18/06/2007 22:03

merci de m'avoir retrouvée... je goûte de nouveau la nonchalance précieuse de tes textes, cette atmosphère si personnelle, et si universelle... pour ne pas te perdre je te mets dans mes liens...

Eric LOW 16/06/2007 12:27

trop fort C.E. !