Moi aussi. Il flatte le ciel. Je fous tout en l'air. C'est la marche du soir. Il baille aux corneilles. Lui aussi il marche le soir et sous le ciel.
La vitre est sale. Je ne sais pas si les étoiles tremblent ou s'il faut nettoyer. Rouge vert. J'ai découpé mon rêve en tranches hier. C'était prometteur, ça disait : rejoins-moi là-haut avec une
feuille et un verre. Il longe le quai. J'ai pris un stylo. J'ai noté. Il n'habite plus là-bas. Un pont, deux ponts. Il faut se rappeler de ne plus y passer. On sonne dans mon rêve. Il baisse le
store. Je courtise le ciel. Lui aussi il rêve. C'est la marche du soir. Il fout tout en l'air. J'ai nettoyé la vitre et les étoiles cillent. J'ai fait un rêve. J'ai écrit : la vitre est sale, les
étoiles troubles. Lui aussi. J'ai oublié la feuille. On écrit sur les murs. Il passe des journées entières dans les arbres. C'est un exemple. Il dit : j'aurais fait pareil. Il peine le long du
quai à suivre des yeux le reflet des étoiles qui vacillent. L'immeuble est massif : portes-fenêtres, volets fermés, balustrade, grille. Une drôle de sonnerie. Il lit quelques mots. Il en ajoute.
Les jeunes filles. Sur une autre feuille : moi aussi.
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Par C.Egolf
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Trop faible pour lutter contre ton corps de marbre
Je suis presque à genoux tandis que de ta bouche
Le verdict est tombé
La traînée de l'amour
Tes yeux sont du charbon inspiré des poètes
Et je m'y emploierai à chercher la fissure
A crevasser les murs
Je fendrai l'air, courant, ivre, hurlant à la lune
La braise de ce feu que découvrent les anges
Un beau matin d'hiver
Immobile en ton sein
Je suis ton seul captif
Et je les entends dire, qu'ils disent, je m'en fous
L'écriture, vieil affront, me sauvera la peau
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Par C.Egolf
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Il marche. C'est ainsi. Près de la gare, le nez collé au bitume, les dimensions l'écrasent. Parfois, un nuage de poussière l'éblouit. Le gris, ça lui évite les
points de fuite, il se concentre sur les pas et sur les traces, il y en a peu. De là-haut, la vision des rails le recadre, il a les yeux bouchés, la rue de Rome est morte. Dans le square des
Batignolles, il envisage les heures à venir, renonce; la vraie raison de cette sensation de vide, ce n'est pas lui, il ne saurait dire si c'est pire, il sait que oui. Alors il marche au hasard,
les jours rallongent rue des Moines au milieu de la nuit.
J'avais oublié son visage; à force de concentration, j'ai fini par le retrouver. Je me souviens de l'impression forte que j'avais ressentie quand il m'avait souri,
son regard doux, l'air perdu et fragile, ce sourire qui n'existe qu'en rêve ou dans les couloirs de l'enfance. J'avais détourné les yeux, instinct de survie.
Et dire qu'il y avait ce lac qui me brûlait les yeux et ces êtres qu'attirait la lumière. Et dire que c'était l'été
bientôt.
Je guette et je crois le voir disparaître sous un flot de larmes.
Il faudrait se rappeler du jour exact et l'extraire du temps.
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Par C.Egolf
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