Mercredi 27 juin 2007

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Je sillonne

Le chemin de fer
Le silence ouvrier
J'épuise mes ancrages et mes vanités
Sauve-qui-peut

En vrai, c'est le désert qui compte, le sol frissonnant et la mer que forment au-dessus les nappes de poussière. On s'y frotte et on l'emporte avec nous, sur les routes. Alors quoi ? L'héritage rouille et sans qu'on dise rien son silence nous apaise. Apparaissent les murs transis contre lesquels on se recueille, les griefs consommés, et qui nous recouvrent, nous retrouvent planqués derrière les piliers de béton, trois appels d'air, et le vide, il s'avance dans les morceaux de verre et les trappes assassines. 
On aspire mais elles subliment qui, nos courses vers l'idéal en friche ? Quelles images lourdes de terre sous les remparts fauchés s'abandonnent soudain ? Quelle vision, à nos pieds, qu'on n'a plus qu'à cueillir et qu'on sentait chaque jour aiguiller notre coeur ?
Salles revêtues d'un fatras sublime, crues malgré la lumière en fuite.
Ciel foutu de juin qu'on étouffe dans son lit.
Salles où l'art seul opère, où tout est accompli.
Gitanes au creux du fer,
Peintures à la lisière,
Yaourt, suicide, pardi.

Lieu saint, ivresse, je t'accroche en haut des marches, près des vieillards aux cheveux blancs, au coeur de mon aliénation.


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Mardi 19 juin 2007

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Laisse faire
Les verres de rouge aidant
Mes doigts sous tes cheveux
Abandonne un instant ta rue blême à la nuit
Laisse faire la lune enfin
Se défaire le filet
Use ton verbe retors
Le dégoût ajourné dans la contemplation
Choisis encore une fois
Les traces essuyées sur le pas de ta porte
Les êtres en face de toi
Trois ivrognes
Ils balayent
Laisse faire
Les feuilles volent

Nos penchants sans sommeil s'évanouissent à rebours
Garde-les bien au chaud
Nos vrillants lieux communs
Fuyant le temps, le train
Laisse faire et se défaire
Tes cheveux sous mes doigts
L'angoisse pieuse que signe
Le péché de ta bouche
Certains dimanches de mai




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Vendredi 15 juin 2007

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Les lampadaires étaient coupés un peu après vingt-trois heures, quand le silence avait déjà tout envahi et qu'il allait falloir s'y résoudre. C'est à ce moment précis que la ville me manquait le plus. La légende n'était pas loin mais elle n'avait plus de prise; les enchantements se volatisaient, aspirés par la pesanteur indicible du lieu. Seule la pointe du clocher de l'église parvenait encore à se détacher de l'opacité ambiante, lorsque, au coeur de mes nuits insoumises, les étoiles s'en mêlaient. Alors j’attendais que mon corps s’engourdisse, la tête sous les astres, les projets remis au lendemain, les lectures éparpillées sur le sol et les mots repoussés loin, très loin, à l’année suivante, je m’entends, ce n’était pas vital à l’époque et le lieu ne s’y prêtait pas. Je dormais peu, je rêvais mal, la journée du lendemain me promettrait des songes plus doux, des extases plus vives, je faisais traîner, où accrocher le réel dans ce monde en sourdine qui réveillait les fantômes, mythifiait l’idéal et embrasait l’imaginaire ? J’épuisais le mystère en bordure de lac, la rumeur des eaux dormantes. Certaines heures, je m’aventurais plus loin, je trébuchais contre les racines des arbres immortels et glissais au creux des essences féériques mon être hypnotisé.

Un jour viendrait où l'homme aux mille noms se réjouirait du déchaînement des flots. Le cristal émietté, il marcherait sur l’onde avant de couler à pic en plein ciel, dans un souffle de rire qui n'est pas de ce siècle.
Un jour viendrait où le matin très tôt, quand la lumière paraît encore fuyante, je quitterais l’immeuble, les crevures de mon coeur, les souvenirs couchés en petits rangs serrés de textures indigestes. Le pont métallique luirait sous le blanc laiteux du ciel. Tes caresses invisibles, nous volons dans les airs, la pendule tout au fond. C’est que les mots nous font tourner plus vite, peaux tendues, dans les ruelles obscures.



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Mardi 5 juin 2007




Je fonctionne à l'envers et me remplis d'effroi
A la simple pensée de peser contre tous
Plus de poids que prévu
Et de me réveiller quand les mères se recueillent
Au tout petit matin, rouges de leur manquement
Elles n'ont pas vu venir, dieu, je comble le vide
D'un mauvais oeil, absent, les remous avortés

Des années que j'attends les aubes finissantes
L'abandon de notre âge, touchante histoire, amer
Je m'assieds, le teint vif
Les souvenirs barbares remontent en grondant
La défaite est blâfarde, mon sexe languissant
Des coups à la fois secs et rompus aux ébats
Brûlons-le, mon grand front !

Quand le diptyque au ciel brut d'Anna-Caroline
s'industrialisera
J'irai cracher des cendres


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Samedi 2 juin 2007
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Je me rappelle que tu m'avais demandé ce qu'il était possible que je me remémore. Pour ménager mes poumons douloureux. Tout ce qui te précédait était et resterait merdique, tu avais besoin d'air, de mon air d'asthmatique. Nous formions un beau couple tous les deux. Je t'avais raconté ce qui s'était passé en d'autres temps, en d'autres lieux, l'église d'Avallon, le vieux Camus sur son perchoir au-dessus du monde, l'histoire de ce roi qui reviendrait un jour, les éclairs des avions bimoteurs dans le ciel et les nuits pluvieuses qui léchaient nos bottes. Cela avait duré des millénaires. J'avais dévoré les beaux livres esseulés de centaines de bibliothèques, entrepris de longues marches au coeur de pays inconnus et redécouvert la suavité du sel. Un peu plus loin encore, la mer m'avait enveloppé, j'en étais ressorti plus fort, je m'étais cassé quelque chose mais je m'en foutais.
Tu avais alors fait une crise. Je t'avais dit de fermer les yeux, j'avais détraqué le mécanisme de l'horloge et je t'avais parlé de ce roi agonisant défendant nos valeurs sacrées. Tu avais cligné des yeux, la petite lumière ne parvenait pas à calmer ton coeur d'apprenti-asthmatique, ni la porte entrouverte le temps qu'il faudrait, un rêve ou plus, les bruits reviendraient de ce passé trop grand pour toi. Peut-être en te concentrant un peu, les paupières closes, retrouverais-tu le timbre apaisant de ma voix. Une deux, je m'envolerais.

Les morts n'existent pas, n'ont jamais existé, ou alors pas longtemps.
Ou alors pas longtemps.
Tu dirais : "tu serais immortel"
"Tu seras immortel", tu l'as dit.
Les morts existent.


 
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Vendredi 25 mai 2007



Moi aussi. Il flatte le ciel. Je fous tout en l'air. C'est la marche du soir. Il baille aux corneilles. Lui aussi il marche le soir et sous le ciel. La vitre est sale. Je ne sais pas si les étoiles tremblent ou s'il faut nettoyer. Rouge vert. J'ai découpé mon rêve en tranches hier. C'était prometteur, ça disait : rejoins-moi là-haut avec une feuille et un verre. Il longe le quai. J'ai pris un stylo. J'ai noté. Il n'habite plus là-bas. Un pont, deux ponts. Il faut se rappeler de ne plus y passer. On sonne dans mon rêve. Il baisse le store. Je courtise le ciel. Lui aussi il rêve. C'est la marche du soir. Il fout tout en l'air. J'ai nettoyé la vitre et les étoiles cillent. J'ai fait un rêve. J'ai écrit : la vitre est sale, les étoiles troubles. Lui aussi. J'ai oublié la feuille. On écrit sur les murs. Il passe des journées entières dans les arbres. C'est un exemple. Il dit : j'aurais fait pareil. Il peine le long du quai à suivre des yeux le reflet des étoiles qui vacillent. L'immeuble est massif : portes-fenêtres, volets fermés, balustrade, grille. Une drôle de sonnerie. Il lit quelques mots. Il en ajoute. Les jeunes filles. Sur une autre feuille : moi aussi.



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Vendredi 18 mai 2007
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Une ivresse derrière chaque aurore
Et le souffle brûlant du ciel
Loin de mon foyer je m'endors
Les rêves lourds d'épines et d'eaux troubles
C'est le goût de l'encre de Chine
Et des auberges à ciel ouvert
C'est la soif des meurtrissures
Que nous infligent les anonymes
Qui sans fin nous tourmenteraient


Je suppose


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Mercredi 16 mai 2007

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they went down the world
when i fell asleep in a nihilistic dimension
it was a great deal
and it was happening
the worst breeding on my lips
then turning with delicacy
i feel so close to that absolution
can't complain about
i'm not trying to stay awake
beneath my scattered star
with some guy squatting by the river
waiting for something that would come

i'm a pass holder
entering the room where nothing happens
and bringing an end to it
the losers and the winners
are the real men
the good ones
i'll pay my tribute in a short while
and any time
after the requiem mass
no matter what can be
and which pieces are missing
it was a pleasure to be here
from the beginning
a little further down the track



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Lundi 14 mai 2007

 

 

Trop faible pour lutter contre ton corps de marbre
Je suis presque à genoux tandis que de ta bouche
Le verdict est tombé
La traînée de l'amour
Tes yeux sont du charbon inspiré des poètes
Et je m'y emploierai à chercher la fissure

A crevasser les murs
Je fendrai l'air, courant, ivre, hurlant à la lune
La braise de ce feu que découvrent les anges
Un beau matin d'hiver
Immobile en ton sein
Je suis ton seul captif
Et je les entends dire, qu'ils disent, je m'en fous
L'écriture, vieil affront, me sauvera la peau

 

 

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Dimanche 13 mai 2007

 

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Il marche. C'est ainsi. Près de la gare, le nez collé au bitume, les dimensions l'écrasent. Parfois, un nuage de poussière l'éblouit. Le gris, ça lui évite les points de fuite, il se concentre sur les pas et sur les traces, il y en a peu. De là-haut, la vision des rails le recadre, il a les yeux bouchés, la rue de Rome est morte. Dans le square des Batignolles, il envisage les heures à venir, renonce; la vraie raison de cette sensation de vide, ce n'est pas lui, il ne saurait dire si c'est pire, il sait que oui. Alors il marche au hasard, les jours rallongent rue des Moines au milieu de la nuit. 

 

J'avais oublié son visage; à force de concentration, j'ai fini par le retrouver. Je me souviens de l'impression forte que j'avais ressentie quand il m'avait souri, son regard doux, l'air perdu et fragile, ce sourire qui n'existe qu'en rêve ou dans les couloirs de l'enfance. J'avais détourné les yeux, instinct de survie.
Et dire qu'il y avait ce lac qui me brûlait les yeux et ces êtres qu'attirait la lumière. Et dire que c'était l'été bientôt.
Je guette et je crois le voir disparaître sous un flot de larmes.

 

Il faudrait se rappeler du jour exact et l'extraire du temps.

 

 

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Frankie Addams





It happened that green and crazy summer when Frankie was twelve years old. This was the summer when for a long time she had not been a member. She belonged to no club and was a member of nothing in the world. Frankie had become an unjoined person who hung around in doorways, and she was afraid. In June the trees were bright dizzy green, but later the leaves darkened, and the town turned black and shrunken under the glare of the sun. At first Frankie walked around doing one thing and another. The sidewalks of the town were gray in the early morning and at night, but the noon sun put a glaze on them, so that the cement burned and glittered like glass. The sidewalks finally became too hot for Frankie's feet, and also she got herself in trouble. She was in so much secret trouble that she thought it was better to stay at home—and at home there was only Berenice Sadie Brown and John Henry West. The three of them sat at the kitchen table, saying the same things over and over, so that by August the words began to rhyme with each other and sound strange. The world seemed to die each afternoon and nothing moved any longer. At last the summer was like a green sick dream, or like a silent crazy jungle under glass. And then, on the last Friday of August, all this was changed: it was so sudden that Frankie puzzled the whole blank afternoon, and still she did not understand.

Carson McCullers







Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes




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