Vendredi 17 août 2007


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Au large des fils électriques
Le soir convulsif abandonne
Les rayons de poussière
Alors les doigts se serrent
Autour du jaune souverain
De nos delirium romantiques

Le feu brûlant dans nos poitrines
On avale les nuages
Ravalant nos absences
Dans un accès de rage
On épouse les ruines
On dévale pour se voir
Au-delà du soleil
En d'autres circonstances

Mais le chant s'éternise
Et la folie s'invite
Entre deux ailes fichues
Dont les coeurs se réjouissent

Bientôt la fin du monde aux portes des églises
Qui parle d'infortune ?
Voici l'âge béni du gras et de la boue
Et des rognures de lune
Dont on se fout
Moi le premier




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Jeudi 16 août 2007




Jeudi 2

Nous nous sommes installés dans la chambre au fond du couloir.


Vendredi 3

Dans la nuit, je suis descendu pour m'assurer que le clocher ténébreux était bien là, qu'il égrenait toujours les heures.


Samedi 4

J'ai l'impression d'avoir atteint la mer, le lever de soleil est brûlant, la végétation qui borde les hauteurs crame en gémissant. J'ai le système nerveux en compote. Je marche pour en venir à bout.

Je cherche le rafiot de mon grand-père. Dessus, on chassera les mouettes avec Joseph, on tirera au harpon sur les baleines, on jouera au zanzibar. On attendra souvent d'être tranquilles tout au fond du noir, on boira les multitudes d'alcools qui existent, jusqu'à ce que je m'évanouisse et que je me rende, sevré, sans aile, à son corps robuste et sain, moi, l'homme à quatre pattes qui me ferais baiser toutes les heures que dieu veut.

Sacré cérémonial. La lune se dissout en grandes pompes dans l'incendie. On n'a pas trouvé le bateau. Joseph me prête son épaule. J'ai envie de me fracasser dans l'écume. Je l'imagine en train de ramasser tous les petits morceaux de moi que les vagues ramèneraient.


Lundi 6

Nous sommes partis vers la forêt. Je suis navré que le terrain plisse, que les branches gémissent. Je suis navré de tituber, si près de la solitude. J’aimerais t’entendre dire que le désert te convient à toi aussi.


Mardi 7

Fous moi la paix! Je ne suis pas ivre. Je ne suis pas Dieu.


Jeudi 9

Tes cheveux en bord de mer, derrière la vitre sale. J’ai soif et les bouteilles se sont mystérieusement évanouies.

Je me suis enfui en pleine nuit. Tu n’es pas de mon côté. Tu ferais mieux de courir le plus loin possible. Tu ferais mieux de perdre la foi. Tu es du côté des anges et je me sauve avant toi. Il n’y a que des vieux à la messe ce matin. Que du silence qui tourne sur lui-même, que des suicidés de la dernière heure. Je t’ai allongé au pied des colonnes. Tu es un pauvre type, sale et puant. Tu mérites que l’amour te moisisse au-dedans.


Samedi 11

Nous étions fous. Seuls au bord de l'Aulne, tête contre tête, attendant que le désir monte, serrant les dent. Tu allumais mes clopes, tu ne fumais plus depuis longtemps. De quoi avions nous peur? Du réel? (nous étions des romantiques à bretelles) De la dernière chanson de l'album "the good son"? (tu me répétais qu'elle te rappelait les routes des vieux trentenaires de "Old Joy") De l'Irlande? (à 27 ans, est-on prêt à courir le risque de s'y perdre?) De nos squelettes? (en toute bonne foi) Est-ce que tu m'aimais, est-ce que tu rêvais de m'engloutir au fond des eaux, est-ce que tu m'y retrouverais? Je te laissais faire. Tu caressais mon visage, tu me brisais la nuque, tu pesais le poids d'une vie entière sur mon corps nu. Je te laissais détruire la violence qui sourdait en moi. Plus rien n'existait que la souffrance. Tu n'existais plus, tu n'existais plus, tu n'existais plus. C'était le noir total autour de ton sexe.


Dimanche 12

Les visages cannelés des bretons me hantent.


Mercredi 15

Je le suis, à distance raisonnable. "Le vent me rendra fou", hurle-t-il dans ma direction. Je continue de gravir la pente raide, les yeux embués. Pourquoi me suis-je agrippé au regard qu'il me lançait? La petite chapelle l'a déjà accueilli, le vent souffle pour moi seul. Quand j'entre, il est agenouillé auprès de l'unique bougie. Il murmure: "c'est trop tard, c'est trop tard". Peut-être n'a-t-il jamais aimé que moi. C'est fini, il m'embrasse. Qui l'écoutera claquer des dents maintenant? Je sors pour que le vent me monte à la tête tandis qu'il reste, résidu de croyance, le corps cassé en deux, les mains sur les oreilles, attendant que je disparaisse en entier.

À quoi je pense? Aux feux de l'automne de Paris, à certaines places de Bruxelles, aux nouvelles raisons de sauver ma peau.


Jeudi 16

Last night I lay trembling
The moon it was low
It was the end of love
Of misery and woe

Then suddenly above me
Her face buried in light
Came a vision of beauty
All covered in white

Now the bell-tower is ringing
And the night has stole past
O Lucy, can you hear me?
Wherever you rest

I'll love her forever
I'll love her for all time
I'll love her till the stars
Fall down from the sky
Now the bell-tower is ringing
And I shake on the floor
O Lucy, can you hear me?
When I call and call

Now the bell-tower is ringing
And the moon it is high
O Lucy, can you hear me
When I cry and cry and cry


(Lucy / Nick Cave)




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Mercredi 1 août 2007

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Dimanche 22

Il me semble que je m'en suis bien tiré, je suis passé entre les mailles du filet. J'ai bivouaqué sous les pauvres âmes des mois durant, le monde fumait depuis ma tour imprenable. Je suis inévitablement asthmatique, c'est regrettable. Je regarderai les hommes tomber à travers le vitrail, caché, maudit, sous les couvertures. Il y avait une guerre, une vraie, comme il nous fallait. Le lapin et le chat ont le même goût douceâtre. Je l'écris cette fois, je ne suis d'aucun secours. Je l'ai échappé belle, je l'ai échappé belle. 


Mardi 24

Ecris les lettres à sa place et ne les ouvre pas. Arrange-toi pour que l'automne arrive. Etre là quand il faut, sans indignation, plutôt que d'étouffer au soleil.


Mercredi 25

Elle était toujours à la même place, ignorant tout de moi. J'avais le coeur vide.


Vendredi 27

Penser à vider la corbeille.


Dimanche 29

Accident absurde. Le père d'un ami est tombé d'un toit. Je suis venu pieds nus au travail. A moins que ce ne soit un mauvais rêve. Je ne pense qu'à ça.


Lundi 30

Puisque je n'écris plus, que j'ai rendu les armes, je fais d'affreux serments.
J'espère qu'il me pardonnera à la fin.


150 pages. 
Août, septembre, octobre, novembre, décembre, janvier.
Je, je, je, je


Tout autour, le silence. Les morts ont enterré leur lumière après eux. Je rêve d'être digne de leur solitude hideuse. Je pourrais broyer leurs os. Je pourrais partir à Venise, user le pavé. Je ne fais que longer le cadre. Je suis le fils des morts, qu'on a criblé de dettes.


Mardi 31

Le second souffle du soir dispersera les ruines fumantes.




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Samedi 21 juillet 2007

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Stone is not Stone


There was a time when stone was stone
And a face on the street was a finished face.
Between the Thing, myself and God alone
There was an instant symmetry.
Since you have altered all my world this trinity is twisted:

Stone is not stone
And faces like the fractioned characters in dreams are incomplete
Until in the child's inchoate face
I recognize your exiled eyes.
The soldier climbs the glaring stair leaving your shadow.
Tonight, this torn room sleeps
Beneath the starlight bent by you.


Carson McCullers (1957)



La Pierre n'est plus la Pierre


Il fut un temps où la pierre était pierre,
Chaque visage dans la rue un visage parfait.
Entre Dieu, la Chose et moi-même
L'harmonie régnait aussitôt.
Tu as changé mon univers et la trinité s'est perdue:

La pierre n'est plus la pierre,
Comme aux figures surgies d'un rêve, il manque quelque chose à chaque visage,
Tant que sur le visage imparfait d'un enfant
Je n'ai pas reconnu ton visage d'exilé.
Le soldat gravit l'escalier lumineux où ton ombre se perd.
Cette nuit, la chambre éclatée dormira
Dans un brasier d'étoiles que tu fais se lever.


Traduction de Jacques Tournier




Trinité Perdue


Il y eut un temps où la pierre
était la pierre
Chaque visage dans la rue était perfection
Entre Dieu, la Chose et Moi
l'Harmonie régnait

 
Tu as changé mon univers
et la trinité s'est perdue:

 
la pierre n'est plus
la pierre
à chaque visage, il manque quelque chose
comme aux êtres vus en rêve
et même sur le visage imparfait d'un enfant
je n'ai pas reconnu ton regard d'exilé

 
Le soldat monte l'escalier de lumière

où ton ombre se perd

 
Cette nuit, la chambre éclatée
dormira dans le brasier d'étoiles
que tu fais s'élever.


Traduction et adaptation de Alain Suied, à l’occasion du 40ème anniversaire de la mort de Carson McCullers





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Vendredi 20 juillet 2007

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Pour Eliot



The lights go down
Very high on my prefabs
I'm standing cured, my prude
Ready for the peak time
Nothing comes from heaven
You told me last night
Pointing your third finger where the sky should have been
Throat full of cutting strokes
It may have hurt you
This moment of truth
In the fullness of time

Will you take the next train
And get in the state of nature
Armed with my corrosive memories
Picking one and another as you please
Wandering here and there ?
Or will you go on behind me
Whispering a tumbling wish
Before i lie, my prude ?
It might really hurt you
This moment of truth
In the fullness of time

When i deeply searched you
In the dark of night
Trespassing your museum
Begging for your vanishing expectations
Why weren't you there, my prude
Letting love in
Crystallising the minute hand ?
Did it hurt you when i swallowed up in tears
Shouting out your name
So long ago
In the fullness of time ?




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Mercredi 18 juillet 2007

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Tout là-haut sur mon pic
Rigoriste zénith
Entre deux points de fuite
J'écorche les particules qui s'amoncellent
Le crachin à choisir
Que les rails éconduisent
Les coups ne me font rien qui ne se fâne déjà

Il sont tombés du monde les souvenirs corrosifs que je portais aux nues
Les sueurs faisandées
Les motifs barnabites
De tes mutismes vains
En fouillant bien l'amour
Rien qui ne vienne du ciel
Je compasse, je nasille aux heures de grande écoute
Je m'apprête sans mot dire au tranchant de ta gorge appelant d'autres nuits
De silences éculés
De moiteurs contenues
Et puis d'autres encore
Implorant les suivantes

La mémoire coagule
Péremptoire
Insensible
Aux fritures sur la ligne
Et aux parures d'église



(But it sounds like bubble gum)





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Samedi 14 juillet 2007

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Il se peut qu'une page manque. Pas la meilleure, non, c'est une page sans prétention, une petite page, toute petite, sans début ni fin. Fais-moi signe si elle te glisse entre les mains.




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Jeudi 12 juillet 2007

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Je voudrais m'étendre sous ton lit
A l'heure où les sanglots s'étalent
Maintenant que doucement résonnent
Les clappements secs de ta vieille peau
Ton pouce hors de ma gorge
Je me débattrai dans la vase
Par acquit de conscience

Ô étoiles pouilleuses qui n'entendez rien à rien
Avez-vous vu ? Je vire au bleu
La nausée a fait son ouvrage
Miséreuse Europe
Cuirasse syncrétique gâtée pourrie
Tes connes de voies express
Pétries de certitudes
Se délitent
Et je me prends au jeu de tresser ta descendance
A vue de nez je martèle :
(en faisant chauffer la bouilloire)
Agenouille-toi ! Pleure !
Qu'on n'en parle plus !

(Getting your thumb out of my throat
I'm gonna walk hard now
Up to you my Lord !)





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Samedi 7 juillet 2007

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Ce fut ainsi qu'en ce vendredi 24 août, le jour où Frank Weisher, à plus de 3000 kilomètres de là, se mettait à tracer des croix sur le plan qu'il avait déplié sur la table, je crus bon d'aller cueillir tout là-haut des épines. 

Mes yeux ne se fermaient plus de bonne heure. En me couchant, j'esquivais l'étoile, le fer. L'aimant aimait le fer et j'aimais beaucoup ce mot : aimant. Mais je ne disais rien de ces choses. Il me faudrait du temps pour trouver le ton juste, les nerfs entortillés, je, il ou elle, distancerais encore les lueurs inertes.
Frank Weisher avait dû trouver l'entrée sud de la forêt privée. Il craignait maintenant de s'y égarer. Bien avant mon sommeil, longtemps, je me cherchais une opinion de passage. Planer. Planer au travers. Durant le rêve. Durant l'éveil. J'en riais. Si j'ai bonne mémoire, il fonçait, il ou elle, au travers de la lumière frissonnante d'une pluie d'été. Promenades nocturnes, de mot en mot, je croyais que j'allais atteindre le châtiment suprême, dieu du fer qu'un petit bout d'idéal en berne effrayait. J'aurais aimé que Frank Weisher se confie à moi. Pour tout dire, il m'avait souri. Il était adossé contre le plus bel arbre des lieux. Je me cachais à moi-même l'évidence de sa ramure dorée. Je brillais d'un désir incertain (les épines, tout ça). L'heure bleue, je l'entendais sonner, me posséder. Ce soir, il avait une main de conquistador, la tête légère et l'innocence à envisager. Mais les freins étaient lâchés.
La langue abîmée, je dormirais bientôt comme une huître.



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Mercredi 4 juillet 2007

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Je me suis usé
navrant imaginaire
à remettre au lendemain le ton d'indifférence
désertant le réel qui me pendait aux basques
baisant ton front mille fois
commune éternité

J'ai buté quelquefois
en proie aux heures d'effroi que la mémoire impose
sur de tendres lisières
rien de grave
un bout d'os
un trottoir familier
l'éclosion d'un genêt
une rime sur la lande

ton nom abandonné aux sourdes convoitises
j'ai gardé le silence
passager clandestin
il se peut qu'une nuit
mais chut ! la pluie embaume
j'y ai posé mes lèvres
en vain


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Frankie Addams





It happened that green and crazy summer when Frankie was twelve years old. This was the summer when for a long time she had not been a member. She belonged to no club and was a member of nothing in the world. Frankie had become an unjoined person who hung around in doorways, and she was afraid. In June the trees were bright dizzy green, but later the leaves darkened, and the town turned black and shrunken under the glare of the sun. At first Frankie walked around doing one thing and another. The sidewalks of the town were gray in the early morning and at night, but the noon sun put a glaze on them, so that the cement burned and glittered like glass. The sidewalks finally became too hot for Frankie's feet, and also she got herself in trouble. She was in so much secret trouble that she thought it was better to stay at home—and at home there was only Berenice Sadie Brown and John Henry West. The three of them sat at the kitchen table, saying the same things over and over, so that by August the words began to rhyme with each other and sound strange. The world seemed to die each afternoon and nothing moved any longer. At last the summer was like a green sick dream, or like a silent crazy jungle under glass. And then, on the last Friday of August, all this was changed: it was so sudden that Frankie puzzled the whole blank afternoon, and still she did not understand.

Carson McCullers







Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes




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