Jeudi 12 juillet 2007

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Je voudrais m'étendre sous ton lit
A l'heure où les sanglots s'étalent
Maintenant que doucement résonnent
Les clappements secs de ta vieille peau
Ton pouce hors de ma gorge
Je me débattrai dans la vase
Par acquit de conscience

Ô étoiles pouilleuses qui n'entendez rien à rien
Avez-vous vu ? Je vire au bleu
La nausée a fait son ouvrage
Miséreuse Europe
Cuirasse syncrétique gâtée pourrie
Tes connes de voies express
Pétries de certitudes
Se délitent
Et je me prends au jeu de tresser ta descendance
A vue de nez je martèle :
(en faisant chauffer la bouilloire)
Agenouille-toi ! Pleure !
Qu'on n'en parle plus !

(Getting your thumb out of my throat
I'm gonna walk hard now
Up to you my Lord !)





par C.Egolf publié dans : poèmes
Samedi 7 juillet 2007

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Ce fut ainsi qu'en ce vendredi 24 août, le jour où Frank Weisher, à plus de 3000 kilomètres de là, se mettait à tracer des croix sur le plan qu'il avait déplié sur la table, je crus bon d'aller cueillir tout là-haut des épines. 

Mes yeux ne se fermaient plus de bonne heure. En me couchant, j'esquivais l'étoile, le fer. L'aimant aimait le fer et j'aimais beaucoup ce mot : aimant. Mais je ne disais rien de ces choses. Il me faudrait du temps pour trouver le ton juste, les nerfs entortillés, je, il ou elle, distancerais encore les lueurs inertes.
Frank Weisher avait dû trouver l'entrée sud de la forêt privée. Il craignait maintenant de s'y égarer. Bien avant mon sommeil, longtemps, je me cherchais une opinion de passage. Planer. Planer au travers. Durant le rêve. Durant l'éveil. J'en riais. Si j'ai bonne mémoire, il fonçait, il ou elle, au travers de la lumière frissonnante d'une pluie d'été. Promenades nocturnes, de mot en mot, je croyais que j'allais atteindre le châtiment suprême, dieu du fer qu'un petit bout d'idéal en berne effrayait. J'aurais aimé que Frank Weisher se confie à moi. Pour tout dire, il m'avait souri. Il était adossé contre le plus bel arbre des lieux. Je me cachais à moi-même l'évidence de sa ramure dorée. Je brillais d'un désir incertain (les épines, tout ça). L'heure bleue, je l'entendais sonner, me posséder. Ce soir, il avait une main de conquistador, la tête légère et l'innocence à envisager. Mais les freins étaient lâchés.
La langue abîmée, je dormirais bientôt comme une huître.



par C.Egolf publié dans : textes
Mercredi 4 juillet 2007

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Je me suis usé
navrant imaginaire
à remettre au lendemain le ton d'indifférence
désertant le réel qui me pendait aux basques
baisant ton front mille fois
commune éternité

J'ai buté quelquefois
en proie aux heures d'effroi que la mémoire impose
sur de tendres lisières
rien de grave
un bout d'os
un trottoir familier
l'éclosion d'un genêt
une rime sur la lande

ton nom abandonné aux sourdes convoitises
j'ai gardé le silence
passager clandestin
il se peut qu'une nuit
mais chut ! la pluie embaume
j'y ai posé mes lèvres
en vain


par C.Egolf publié dans : poèmes
Mercredi 27 juin 2007

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Je sillonne

Le chemin de fer
Le silence ouvrier
J'épuise mes ancrages et mes vanités
Sauve-qui-peut

En vrai, c'est le désert qui compte, le sol frissonnant et la mer que forment au-dessus les nappes de poussière. On s'y frotte et on l'emporte avec nous, sur les routes. Alors quoi ? L'héritage rouille et sans qu'on dise rien son silence nous apaise. Apparaissent les murs transis contre lesquels on se recueille, les griefs consommés, et qui nous recouvrent, nous retrouvent planqués derrière les piliers de béton, trois appels d'air, et le vide, il s'avance dans les morceaux de verre et les trappes assassines. 
On aspire mais elles subliment qui, nos courses vers l'idéal en friche ? Quelles images lourdes de terre sous les remparts fauchés s'abandonnent soudain ? Quelle vision, à nos pieds, qu'on n'a plus qu'à cueillir et qu'on sentait chaque jour aiguiller notre coeur ?
Salles revêtues d'un fatras sublime, crues malgré la lumière en fuite.
Ciel foutu de juin qu'on étouffe dans son lit.
Salles où l'art seul opère, où tout est accompli.
Gitanes au creux du fer,
Peintures à la lisière,
Yaourt, suicide, pardi.

Lieu saint, ivresse, je t'accroche en haut des marches, près des vieillards aux cheveux blancs, au coeur de mon aliénation.


par C.Egolf publié dans : poèmes
Mardi 19 juin 2007

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Laisse faire
Les verres de rouge aidant
Mes doigts sous tes cheveux
Abandonne un instant ta rue blême à la nuit
Laisse faire la lune enfin
Se défaire le filet
Use ton verbe retors
Le dégoût ajourné dans la contemplation
Choisis encore une fois
Les traces essuyées sur le pas de ta porte
Les êtres en face de toi
Trois ivrognes
Ils balayent
Laisse faire
Les feuilles volent

Nos penchants sans sommeil s'évanouissent à rebours
Garde-les bien au chaud
Nos vrillants lieux communs
Fuyant le temps, le train
Laisse faire et se défaire
Tes cheveux sous mes doigts
L'angoisse pieuse que signe
Le péché de ta bouche
Certains dimanches de mai




par C.Egolf publié dans : poèmes

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en substance

?

Frankie Addams





C’est arrivé au cours de cet été vert et fou. Frankie avait douze ans. Elle ne faisait partie d’aucun club, ni de quoi que ce soit au monde. Elle était devenue un être sans attache, qui traînait autour des portes, et elle avait peur. En juin, les arbres avaient été d’un vert étourdissant, mais les feuillages s’étaient mis à foncer peu à peu, et la ville était devenue noire et comme desséchée par le feu du soleil. Dans les premiers temps, Frankie avait l'habitude de se promener sans avoir rien à faire de précis. Au petit matin et au crépuscule, les trottoirs de la ville étaient gris, mais le soleil de midi les transformait en miroirs, et le ciment brûlait en scintillant comme du verre. Frankie avait fini par trouver que les trottoirs étaient trop chauds pour la plante de ses pieds et, d’un autre côté, elle commençait à avoir des ennuis. Des ennuis si graves et si personnels, qu’elle avait jugé préférable de rester calfeutrée chez elle – et chez elle il n’y avait que Bérénice Sadie Brown et John Henry West. Ils restaient assis tous les trois autour de la table de la cuisine, parlant de choses toujours les mêmes, les répétant à l’infini, si bien que pendant ce mois d’août les mots s’étaient mis à rimer les uns avec les autres, en produisant une étrange musique. Chaque après-midi, le monde avait l’air de mourir, et tout devenait immobile.

Carson McCullers







Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes




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