
Il a coupé le contact, j'ai fait dix fois le tour de la voiture avant de vomir. Il y avait un calvaire tout près, c'était là qu'on avait ramassé le chat mort, il y a un mois, et qu'on l'avait jeté dans le fossé. On en avait vu un autre une fois un peu plus loin qui avait commencé à faire corps avec la route. Un jour, il avait disparu. C'était le chat le plus plat du monde, on voulait éviter qu'une telle chose se produise à nouveau. C'est moi qui l'ai fait rouler dans l'herbe, il était lourd et j'avais encore jamais porté de cadavre. Il avait les yeux ouverts, qui rayonnaient. Je tremblais quand j'ai ouvert la porte, la tête, les bras, tout. Il a remis "We came along this road" au début. J'avais les yeux verts et luisants comme ceux du chat, parce que je suis allergique. C'est un effet comme un autre, moi aussi j'irradiais depuis mes yeux de fantôme.
Je suis né pas loin d'ici, dans la poussière de l'Aisne finissante, dans une ville discrète, étouffée par le bruit des trains et des usines à betteraves. L'air est irrespirable par endroits mais le ciel est visible la nuit. Il faut juste prendre les routes de campagne, quitter les lumières suffocantes du centre et l'aphasie illuminée des faubourgs, on est vite dans la cambrousse, au pied d'une citerne, au milieu des céréales, il y a beaucoup de pierres, d'arbres et de silence. L'Aisne, on dirait qu"elle somnole, qu'elle est en panne, c'est une rivière grave et dure pourtant, un ami s'y est noyé il y a longtemps, il savait nager mais l'Aisne est pleine de réserves. Elle devient belle quand elle fend les eaux et quand elle s'emporte, quand elle tue. Le plus souvent, elle laisse aller le mystère et se rendort, hermétique pour des siècles.
L'Aisne me manque parfois. Je la retrouve dans les crues ravageuses de la Creuse, dans le lit creusé de l'Aulne, dans le cours aiguillé de la Deule, dans l'enlacement des canaux de Bruges, dans mon sac quand l'eau goutte, dans Paris toujours. Elle ne m'attend jamais. Aujourd'hui, j'ai voulu aller voir dériver l'Aisne, contempler ses habits d'automne, elle grandit à vue d'oeil mais elle me cache son abîme, sa hauteur. J'avais des questions en latence, des mots qui restent, les voix s'étaient tues quand j'ai repris le volant. Le soir tombait, il me parlait de Burroughs qui s'était pris pour Guillaume Tell un soir d'ivresse à Mexico. Il avait manqué son coup puis avait couru derrière le mythe, les talons en avant . "God is in the House" me rendait le départ beau et pesant. En quittant la ville, après le dernier virage, on a respiré de toutes nos forces et on a crié en passant devant l'épée qu'enfant j'avais baptisée "Excalibur". Puis les voix sont revenues. Au moment de faire marche arrière, j'ai senti mon coeur se soulever.
par C.Egolf
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textes
The childhood needs to become again
Seems the shattered words are missing
The grass is flecked with white around them
I let the train away
Ain't no memory
Nothing left to know but your thumbnail on my skin
Anywhere the ravine
Between the faded marks
There was the pure lightning they're all talking about
Under the disused sky
The rain
Out of tune
While holding you so tight
par C.Egolf
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poèmes

C'est dans cette chambre incommode que nous laisserons filer les heures. Juste le temps de faire l'inventaire et de saluer ton évolution. Les boîtes à ordures se déchaînent aux
alentours du matin, carnassières de plastique, ça touche à l'enfance de l'art, qui donc en est revenu? Les draps moelleux de nos anciens emmaillottent le macchabée. Le cadavre pourrit, fleuri de
motifs familiers. Il ne faut jamais revenir, ne pas y aller de main morte, le cadavre pourrait fleurir. Dans ma tête, les roses crâneuses qu'on hume devant le ravin et qu'on jette après le corps
sec descendu au-dessous de nous et qui volent et se dépouillent en vol. Les maigres suiveurs assembleurs de la nuée du cortège, mille âmes pour quérir nos bières et nos longs bras veinés de feu
que l'on gorgera d'extincteurs. Le soir viendra bien assez vite où nous regagnerons le lit que la mort habita hier. Gardons le rythme (...)
par CE
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textes

Au large des fils électriques
Le soir convulsif abandonne
Les rayons de poussière
Alors les doigts se serrent
Autour du jaune souverain
De nos delirium romantiques
Le feu brûlant dans nos poitrines
On avale les nuages
Ravalant nos absences
Dans un accès de rage
On épouse les ruines
On dévale pour se voir
Au-delà du soleil
En d'autres circonstances
Mais le chant s'éternise
Et la folie s'invite
Entre deux ailes fichues
Dont les coeurs se réjouissent
Bientôt la fin du monde aux portes des églises
Qui parle d'infortune ?
Voici l'âge béni du gras et de la boue
Et des rognures de lune
Dont on se fout
Moi le premier
par CE
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poèmes

Jeudi 2
Nous nous sommes installés dans la chambre au fond du couloir.
Vendredi 3
Dans la nuit, je suis descendu pour m'assurer que le clocher ténébreux était bien là, qu'il égrenait toujours les heures.
Samedi 4
J'ai l'impression d'avoir atteint la mer, le lever de soleil est brûlant, la végétation qui borde les hauteurs crame en gémissant. J'ai le système nerveux en compote. Je marche pour en venir à bout.
Je cherche le rafiot de mon grand-père. Dessus, on chassera les mouettes avec Joseph, on tirera au harpon sur les baleines, on jouera au zanzibar. On attendra souvent d'être tranquilles tout au fond du noir, on boira les multitudes d'alcools qui existent, jusqu'à ce que je m'évanouisse et que je me rende, sevré, sans aile, à son corps robuste et sain, moi, l'homme à quatre pattes qui me ferais baiser toutes les heures que dieu veut.
Sacré cérémonial. La lune se dissout en grandes pompes dans l'incendie. On n'a pas trouvé le bateau. Joseph me prête son épaule. J'ai envie de me fracasser dans l'écume. Je l'imagine en train de ramasser tous les petits morceaux de moi que les vagues ramèneraient.
Lundi 6
Nous sommes partis vers la forêt. Je suis navré que le terrain plisse, que les branches gémissent. Je suis navré de tituber, si près de la solitude. J’aimerais t’entendre dire que le désert te convient à toi aussi.
Mardi 7
Fous moi la paix! Je ne suis pas ivre. Je ne suis pas Dieu.
Jeudi 9
Tes cheveux en bord de mer, derrière la vitre sale. J’ai soif et les bouteilles se sont mystérieusement évanouies.
Je me suis enfui en pleine nuit. Tu n’es pas de mon côté. Tu ferais mieux de courir le plus loin possible. Tu ferais mieux de perdre la foi. Tu es du côté des anges et je me sauve avant toi. Il n’y a que des vieux à la messe ce matin. Que du silence qui tourne sur lui-même, que des suicidés de la dernière heure. Je t’ai allongé au pied des colonnes. Tu es un pauvre type, sale et puant. Tu mérites que l’amour te moisisse au-dedans.
Samedi 11
Nous étions fous. Seuls au bord de l'Aulne, tête contre tête, attendant que le désir monte, serrant les dent. Tu allumais mes clopes, tu ne fumais plus depuis longtemps. De quoi avions nous peur? Du réel? (nous étions des romantiques à bretelles) De la dernière chanson de l'album "the good son"? (tu me répétais qu'elle te rappelait les routes des vieux trentenaires de "Old Joy") De l'Irlande? (à 27 ans, est-on prêt à courir le risque de s'y perdre?) De nos squelettes? (en toute bonne foi) Est-ce que tu m'aimais, est-ce que tu rêvais de m'engloutir au fond des eaux, est-ce que tu m'y retrouverais? Je te laissais faire. Tu caressais mon visage, tu me brisais la nuque, tu pesais le poids d'une vie entière sur mon corps nu. Je te laissais détruire la violence qui sourdait en moi. Plus rien n'existait que la souffrance. Tu n'existais plus, tu n'existais plus, tu n'existais plus. C'était le noir total autour de ton sexe.
Dimanche 12
Les visages cannelés des bretons me hantent.
Mercredi 15
Je le suis, à distance raisonnable. "Le vent me rendra fou", hurle-t-il dans ma direction. Je continue de gravir la pente raide, les yeux embués. Pourquoi me suis-je agrippé au regard qu'il me lançait? La petite chapelle l'a déjà accueilli, le vent souffle pour moi seul. Quand j'entre, il est agenouillé auprès de l'unique bougie. Il murmure: "c'est trop tard, c'est trop tard". Peut-être n'a-t-il jamais aimé que moi. C'est fini, il m'embrasse. Qui l'écoutera claquer des dents maintenant? Je sors pour que le vent me monte à la tête tandis qu'il reste, résidu de croyance, le corps cassé en deux, les mains sur les oreilles, attendant que je disparaisse en entier.
À quoi je pense? Aux feux de l'automne de Paris, à certaines places de Bruxelles, aux nouvelles raisons de sauver ma peau.
Jeudi 16
Last night I lay trembling
The moon it was low
It was the end of love
Of misery and woe
Then suddenly above me
Her face buried in light
Came a vision of beauty
All covered in white
Now the bell-tower is ringing
And the night has stole past
O Lucy, can you hear me?
Wherever you rest
I'll love her forever
I'll love her for all time
I'll love her till the stars
Fall down from the sky
Now the bell-tower is ringing
And I shake on the floor
O Lucy, can you hear me?
When I call and call
Now the bell-tower is ringing
And the moon it is high
O Lucy, can you hear me
When I cry and cry and cry
(Lucy / Nick Cave)
par CE
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textes










