Mardi 30 janvier 2007





Une ombre s'envisage
Elle rampe, ondule, se raidit
Issue d'une fissure
Témoin laborieux
D'un temps enfoui
Je ferme un oeil
L'autre ambule
Et se glisse
Se risque à l'éveil forcé
Sur les murs ensommeillés
Se hasardent les spectres
Je les respire
Ils m'auréolent de leur mieux
Admirateur forcené des aubes hivernales
Je m'accroche
Reclus derrière mon écritoire
Je talonne l'ivresse
Le voyage terrestre
En écho, l'ombre pâle
Guette la fin
Le commencement d'une autre nuit
Un spectre sans visage
Se raidit.


Publié dans : poèmes - Par C.Egolf
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Lundi 29 janvier 2007





La nuit brille, sans nuance, noire avec des trous de lumière, dont l'ivrogne éconduit se réclame, dieu des éclaboussures, il s'attarde, fenêtre ouverte, quelle part de lui ? La pièce se vide, il transpire, les mots giclent, il est seul. Il convoîte, se penche et ramasse le cadavre qu'il porte à ses lèvres. Sauve les dernières gouttes, retourne d'où tu viens, embrasse les morts pris dans la glace, puis laisse les se geler sous la terre et marche, trajet invisible, de pierre en pierre, sauve toi.

Au cours du voyage, il s'était réveillé plusieurs fois, route chaotique, agitée de spasmes, ruptures ou excès de silences, et la voix, le corps de l'être qui l'emmène ailleurs, enracinés, sertis dans le silence de ses yeux entrouverts le temps d'un rêve, l'autre est un ange, tout est illuminé, blanc, noir, il succombe enfin.

C'est toi en face qui me regardes, la fenêtre fermée, je dors encore un peu, frôlé par tes mains, mon front, mes lèvres, je suis loin, la lumière, toi, le manque, la pourriture, loin sous terre.

 
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Dimanche 28 janvier 2007





Il était tard, j'avais ouvert la fenêtre pour fumer. Le clocher sous les nuages noirs. Silence et peur du manque. Tu dors. J'aurais voulu croire en Dieu pour une fois, entrer dans l'église et me perdre dans la contemplation du Christ supplicié. Allumer un cierge, m'enivrer de vin, dire et redire une prière et monter au ciel au bout de l'extase. La foi m'ignore. Chapelles, saints, cantiques, j'ai glissé sur la rampe qui mène au chemin de croix. J'ai rêvé de m'agenouiller, la tête levée, les mains serrées, l'organiste aurait le vertige et jouerait toute la nuit. Un son puissant qui m'étreindrait. La lumière enfin, je saurais la souffrance, révélation, démence.

Tu dors, il est tard, la fenêtre ouverte ne te réveille pas. Tu songes à tes morts, peut-être. Construire et déconstruire, je n'en ai aucun. Je vole, libre, vers le sommeil. Est-ce que je te trouverai sur le chemin ? Même Dieu n'est pas mort. Je referme la fenêtre, je te regarde dormir encore un peu. Sous ton ciel sans clocher, veillé par tes morts, je me suis allongé.


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Samedi 27 janvier 2007

 

 

 

 

Dès qu’il vit la chose, il pensa au rasoir. Il détourna les yeux mais dans un coin de sa tête, le vieillard était toujours là, planté au beau milieu du champ de ruines, la couverture remontée sur les genoux. Sinistre fossile, il dormait des pieds à la caboche, au-dessous des herbes folles du jardin détruit, c’était absurde avec tout ce bruit ! Il s’est traîné jusqu’à lui, quoi de plus abject, chavirant, vacillant, rampant même, il traversait les Enfers pour lui tendre la main. Si seulement il avait pu s’enfuir, si seulement il avait su vers où se tourner pour trouver le nord. Il pensait à la lame du rasoir, figée dans la poussière, renaître et s’en aller, c’était ça la solution, l’eau fraîche sur ses joues, qui coule et qu’il laperait, par à-coups, cela s'entend, le cœur se soulève, mais il boirait. Il boirait jusqu’à vomir son être, les insectes en hauteur dominant son Eden dévasté.

Le vieillard tanguait. Dans le brouillard, il avait fini par reprendre connaissance, misérable bouche qui s’ouvrait et dans laquelle il déversait le reste de sa cuite. Sec comme une trique, il se levait désormais, il ne guettait plus les cadavres que les ombres avaient engendrés. Il se servait à nouveau, longue gorgée frémissante, il trinquait à la paix de l’âme. Dieu que c’était bon de se laisser choir sur le lit et de faire le mort une dernière fois avant de prendre le large !


 

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Jeudi 25 janvier 2007






De la flotte plein les yeux
L'écume aux lèvres
Je mâche les fils tordus
Les filtres de lumière
Les rumeurs malhonnêtes
La vieille vaisselle
N'importe quels mots
Les ordures
Je sens le rance,
La poussière, l'abattoir
Les lianes parasites
Écrasent et crèvent le blanc du ciel
Il pleut
L'histoire n'en finit pas de renaître de son cimetière
L'arbre-aveugle étouffe sa pourriture
Il faudra bien laisser les morts en paix
Refermer les tombes
Jeter la dépouille du temps
Et retrouver le goût du vide
Agenouillé près du marbre lisse
Se bâfrer
Digérer les racines
Se rincer l'oeil
Laisser leur gagne-pain aux anges
Il y a longtemps
Je me souviens
Laisser une trace
Qui ne soit pas que de la bave d'escargot.


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Lundi 22 janvier 2007




Les liens entre un être et nous n'existent que dans notre pensée. La mémoire en s'affaiblissant les relâche, et, malgré l'illusion dont nous voudrions être dupes et dont, par amour, par amitié, par politesse, par respect humain, par devoir, nous dupons les autres, nous existons seuls. L'homme est l'être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu'en soi, et, en disant le contraire, ment.



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Dimanche 21 janvier 2007






La source du mal
Est cachée derrière ton lit
À l’heure où tu t’y accroches
Pour ne pas te renier
Il y a le tic
Puis le tac
Et tu tombes, tu te laisses glisser
Et tu coupes la source du bruit (la source du mal)
Pour mieux l’assimiler
Et tu refoules
Tu gardes encore des traces dans la bouche,
Des éclats de sommeil qui brillent, ton reflet apaisé
Et tu les craches
Il y a une œuvre d’art dans ton lavabo
Tu sors de la nuit pour y retourner
Avec le vœu d’une cassure qui recule
Indéfiniment
Tu t’aplatis sur la table
Comme si ton lit n’existait pas
Et tu feins de l’ignorer
Tu sais qu’il en souffre en silence
Il y a des jours où il jalouse ton ailleurs
Il n’est plus recouvert de toi
De rêves, de mots soufflés et d’attentes
Il n’y a plus de sons dans tes draps
La rupture peut laisser des séquelles
Tu refuses de l’aimer comme il t’aime
Tu te forces à la source du mal
Mais il sait patienter
Une nuit, il t’arrachera à des jours entiers
Et l’éveil sera mixé avec les songes
Le bruit n’annoncera plus la fin des étoiles
Tu l’aimeras enfin comme il te voit


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Samedi 20 janvier 2007





Il s'est laissé surprendre, envoûté. La figure tutélaire, si prompte à investir, à donner du relief, s'est incarnée. En creux, le deuil et l'imposture, images séculaires de territoires occupés, bras tendus, gorge basse, monarque éclairé. Il aurait tout donné, ange à rebours au déballage obscène, jusqu'au dégoût du devenir de l'être, sans retour (ou si peu), sans preuve, sans rien. Le temps est suspendu au seul fragment d'une stèle, devançant l'entité érigée sans accord, et en écho, le livre. Concordance du vide et de la fracture, il a construit un mur, une enceinte auréolée des astres de la mémoire. Une cathédrale s'élève et, tombé à genoux, il embrasse la somptuosité de son acte, définitif, indépassable, comme l'excès inscrit dans sa chair, et les flots se déchaînent, bleus sans âme. Les vitraux s'illuminent d'offrandes impudiques, projections élargies vouées à ce seul nom qu'il psalmodie sans fin, réinventé, le goût du leurre en bouche devient suave et le guide s'éprend de la pierre.


Il contient l'univers, il tient à distance la raison qui l'entrave, il est cri, brûlure, l'entaille entre ses doigts. Le corps se tord, l'encre gémit. Bientôt souffle un refrain, la honte et le pardon, chuchotés en-dedans de ce puits sans fond, ruisselant de soupirs, qu'un fantôme habite, qu'il aime et qu'il pleurera, sur la terre, comme au ciel, ô mon Dieu (How have I offended thee ?)


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Vendredi 19 janvier 2007





Les lignes blanches, à la recherche de la lune, dissimulée, je fixe la route. À l’intérieur God and Fire et nos regards hallucinés. Fuir à l’Ouest, au-delà du familier, de l’accessible, se perdre dans l’enveloppe brumeuse des Monts d’Arrée. Droit devant, les nerfs aux aguets, le vertige affleure, des pointillés, le ciel haut et léger et la mer en pensées contre nos coeurs.

Le vent crie, frappe, balaye le chemin, écarte en nous les peurs, effraie le doute, trace en écho la route, s’insinue dans nos têtes, folle rengaine, tourbillonnants espaces, les voies s’ouvrent, au loin, le volcan gronde mais qu’importe. Côté passager, l'aube se lève, mon amour, tu ne trembles pas.


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Mercredi 17 janvier 2007






La lumière abîmait vos visages
Je les ai tous perdus


Je n'étais rien qu'une silhouette claire sur le quai de la gare. L'heure était passée depuis longtemps. Il était environ six heures du soir et autour de moi, les gens se pressaient. Le train était attendu voie numéro 2. De la foule s'échappait une plainte musicale que je respirais les yeux fermés. Un homme à ma droite venait sans doute de réaliser qu'il avait oublié quelque chose, quelque part, dans l'aéroport. Une femme pleurait. Un vieillard au teint de plâtre racontait l'histoire de son exil forcé. Le train était devenu un petit point de fumée suspendu derrière mes paupières. Il faisait encore jour, je revenais vers la ville-aimant pour m'y perdre un peu plus et me réveiller de l'oubli. Quand j'ai ouvert les yeux, il se tenait devant moi, grand, sec, il s'est penché pour saisir la poignée de sa valise, en se relevant, il se casserait peut-être. De dos, il ressemblait à mon père. Il n'avait pas remarqué ma présence. Il est entré dans le wagon, j'ai hésité quelques instants avant de le suivre. Je suis venu m'asseoir en face de lui. Il m'a souri et j'ai cherché dans mes souvenirs mais je n'ai rien dit. J'ai tourné mon regard vers la vitre. Les paysages défilaient, me brûlaient. Je revenais à Casablanca comme on revient dans le monde réel.


Tout le jour, j'avais attendu que l'avion s'envole


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Frankie Addams





It happened that green and crazy summer when Frankie was twelve years old. This was the summer when for a long time she had not been a member. She belonged to no club and was a member of nothing in the world. Frankie had become an unjoined person who hung around in doorways, and she was afraid. In June the trees were bright dizzy green, but later the leaves darkened, and the town turned black and shrunken under the glare of the sun. At first Frankie walked around doing one thing and another. The sidewalks of the town were gray in the early morning and at night, but the noon sun put a glaze on them, so that the cement burned and glittered like glass. The sidewalks finally became too hot for Frankie's feet, and also she got herself in trouble. She was in so much secret trouble that she thought it was better to stay at home—and at home there was only Berenice Sadie Brown and John Henry West. The three of them sat at the kitchen table, saying the same things over and over, so that by August the words began to rhyme with each other and sound strange. The world seemed to die each afternoon and nothing moved any longer. At last the summer was like a green sick dream, or like a silent crazy jungle under glass. And then, on the last Friday of August, all this was changed: it was so sudden that Frankie puzzled the whole blank afternoon, and still she did not understand.

Carson McCullers







Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes




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