Mercredi 16 janvier 2008

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Tu regardes en l' air
Ca ne s’épelle qu’une fois, il disait
“You’re so cute
Badadi dadi dadidoum”
Au milieu des cris d’émeute
Les gens ont des ailes qui leur poussent ailleurs
 
Le ciel tambourine
Je suis au numéro 1 de la rue Magritte
Avec Yvonne qui débloque au 6ème dessous
Et Firmin qui transpire comme un boeuf
On frappe
Au milieu des cris d’enfants
 
En ville moi seule et je croise
Comment dormir
Si loin de mon vieux paradis
A ne dire rien
Et luire éternellement
C’est la route
Qu’on m’avait promise
 
Si seulement j’étais n’importe où
Mais ce qui coule dans mes veines
C’est ici
A ne sauver que deux trois mecs qui passent
On se claque dans les bras
De toutes les autres villes
 
Merci pour le stylo feutre
Je le respire tous les soirs
Merci pour les 30 euros surtout
 
Cet air que tu regardes
Je cherche le remède radical
A me défaire du sine qua non
“The moon is blinding
Badadi dadoum dam”
En plein milieu acide
Il manque une porte
A ce jour parfait


Vendredi 11 janvier 2008

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Si je ne conduis pas, je colle encore souvent mon nez au carreau. Parfois, je m’endors dans l’espace et je m’évapore en même temps que les arbres. Quand j’étais plus jeune, ils se désintégraient sur notre passage, c’est mon frère qui me l’avait fait remarquer, l’espace les ingurgitait. En fait, j’aimais cette idée, l’idée de la disparition des arbres. Ils étaient de retour dès qu’on regardait derrière, ils s’enfuyaient pas longtemps mais je sentais comme une possibilité. On pouvait faire en sorte que. Ce monde devenait alors rassurant. Il y avait bien la lassitude de ces longs trajets en voiture, l’interminable silence dominant les vastes champs dépouillés des terres du Nord, les routes rectilignes que venaient soudain heurter les chemins accidentés, l’attente surtout, on n’arriverait jamais, c’était presque sûr, je redoutais la route, je l’aimais et j’allais me fondre en elle.
Je conduis, il y a Pierre qui me lance : “Regarde par là, je rêve, c’est un rêve, continue de rouler ou pas, moi je plane.”
Alors non, je continue pas, je marque un temps, oui, à gauche, une embardée, quitte à se carrer dans les cactus. De toutes façons, cette route-ci, elle est déserte, une route abandonnée, à ne pas montrer à n’importe qui, on sait pas ce qui pourrait arriver.
On descend, Pierre fait quelques pas, il s’arrête. “ J’ai jamais rien vu d’aussi beau” (il dit ça à chaque fois et à chaque fois, il faut bien reconnaître que j’ai du mal à en revenir). “On est sur la lune, j’attends la prochaine marée, il doit bien y avoir la mer pas loin”.
Je marche un peu, c’est plein de vide et de masse rocheuse, je demande à Pierre de venir. J’ai peur des serpents. Alors on avance, il n’y a presque plus de soleil, ça me fait penser que j’ai très peu dormi la nuit dernière et que je ne me rappelle plus de mes rêves depuis un bon moment, depuis les images folles dans ce manoir perdu dans la neige et cette vieille femme qui venait m’expliquer qu’elle était partie. C’était plus la peine de l’attendre, demain il me faudrait prendre mes cliques et mes claques et surtout garder les souvenirs intacts et puis quoi, je sais pas ce qu’on dit dans ces cas-là, j’ai rien dit et la vieille femme a refermé la porte derrière elle. C’était sûrement sa mère. Enfin, il serait peut-être temps de me remettre à dormir pour de bon.
Je me cale sur les pas mesurés de Pierre. J’ouvre les paupières, des bouts de lune là, partout, des rayons diffus se reflètent dans le sol rocailleux. On marche, la nuit naissante, tu rêves, mec, tu rêves...



Vendredi 11 janvier 2008

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Il y a toute cette matière, qu’elle aille se faire voir ailleurs et qu’elle n’essaie pas de s’accrocher, j’ai laissé mon verbe, le vieux tout limé, on saura plus ce qu’il cache, il a tout dit déjà, c’était le recours du pauvre qui vient s’user dedans, c’est gras et ça pendouille en croyant me faire taire. Les hommes suent parce qu’il faut bien se donner une contenance, le mérite, dieu, tout ça, on s’en sert mais pour soi, une sale idée, on ne grandirait plus pour pas leur ressembler, leurs histoires d’égoût, à nous foutre à la tronche leurs sales rengaines de destin qui fuit. Le contenant d’abord, j’en fais mon affaire et me brosse avec, le miroir au travers, je ne délimite rien, tu verras, le recul, ça fait planer les faibles, je te le laisse et je goûte à ce qui aurait pu être et que je glane déjà, à droite, à gauche, le pied meurtri, le coeur en branle, je me dresse par endroits pour sentir mon ventre, les ronflements du moteur encrassé. Je puiserai partout le motif et l’organe, je ne m’absente pas, je suis tous les frissons qu’ils refusent de voir.


Mercredi 5 décembre 2007

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It’s quiet now
And what it breathes
Is everything




Il n’y a plus aucune raison de s’éparpiller encore
L’idéal est en fuite
On ne serre rien que des doigts invisibles
Et des instants fragiles
Je maudirais le ciel et les noms propres
Ca finirait
En grand : CA FINIRAIT
Depuis toujours et contre toi
Sous le poids du silence
Je mettrais le feu aux mots
Aux spectres
Aux hommes de sac et de corde
Aux fantômes qui vacillent derrière le vent
Et la lumière
En grand la lumière qui transite

Si je peux servir à hisser l’amour au-dessus, si je pouvais avant que tu ne t’éloignes
Je prendrais le pas
Avant de plier
Sous les mots malmenés
Qu’on n’épargne plus qu’en rêve
Mais je ne maîtrise rien
Mille heures plus tard
Je ne maîtrise rien
De ce qui me regarde en face
Dénonçant l’amour
Avant l’heure
Laissons le filer en dehors du monde
Ne le laissons pas
Ne le laissons pas

Je ne perds pas de vue le ciel
Bleu presque transparent

Le poème reste avec ses blessures
La nuit pleine aux fils de lumière
Et le risque qu’on se retourne 
Juste un instant
Laisse-moi partir, pars, je partirai, pars avec moi
Le visage circonscrit

Sans cesse je tombe du ciel
L’hiver veille
Et je tends l’oreille
Ta voix au loin
L’amour en grand le silence
En grand la lumière



Vendredi 28 septembre 2007

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Il y a beaucoup de monde. Je me souviens des rides flottantes de la patronne, de l'éclairage sec, de la fleur tout près qui s'accroche au béton. C'est l'écrivain qui a raison, tout va mieux, tout va bien quand on dit le vulgaire, quand on marche sur la pointe des pieds, de toutes façons pour quoi faire, le creusé des joues, le coeur aviné, non, j'ai rencontré le réel en sortant du métro, il se laisse faire, j'ai décidé d'aimer le réel, ça commence. Les gens sont malades, on les voit sur le trottoir, les yeux, l'eau qui remonte, à se toucher le ventre. Le ciel est gris avec des nuages bleus, encore les Muses, un poteau, bien, je ne refais plus le monde, il s'infiltre, je l'accueille, je dis le réel, je veux, ça vient, et pourquoi toujours la poésie, non, les choses intactes, comme elles ne devraient pas être, je sens que ça vient, je me nourris, j'ai faim, je dis oui, tout s'explique, alors les échardes de toi dans mon coeur attendent et le vieux monsieur remonte lentement la rue. Il glisse une main dans son gilet de laine, il en sort un cahier à spirales, il s'arrête. Non, les anges ne sauvent que les poètes, et une fois, une seule fois, après il faut faire avec. Il s'arrête. Il a déjà été sauvé. Là, je ferai un portrait de lui, si beau qu'on l'accrocherait au mur. Déjà sauvé. Encore son visage, qui dérive, qui me dit le réel et qui sait et qui voit venir, noyé dans la foule, je ne sais plus quand, sous mes doigts, je lui ai dit, c'est passé, c'est tout, c'est là, c'est maintenant et c'est vide le coeur rongé du réel
.

 

 

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en substance

?

Frankie Addams





C’est arrivé au cours de cet été vert et fou. Frankie avait douze ans. Elle ne faisait partie d’aucun club, ni de quoi que ce soit au monde. Elle était devenue un être sans attache, qui traînait autour des portes, et elle avait peur. En juin, les arbres avaient été d’un vert étourdissant, mais les feuillages s’étaient mis à foncer peu à peu, et la ville était devenue noire et comme desséchée par le feu du soleil. Dans les premiers temps, Frankie avait l'habitude de se promener sans avoir rien à faire de précis. Au petit matin et au crépuscule, les trottoirs de la ville étaient gris, mais le soleil de midi les transformait en miroirs, et le ciment brûlait en scintillant comme du verre. Frankie avait fini par trouver que les trottoirs étaient trop chauds pour la plante de ses pieds et, d’un autre côté, elle commençait à avoir des ennuis. Des ennuis si graves et si personnels, qu’elle avait jugé préférable de rester calfeutrée chez elle – et chez elle il n’y avait que Bérénice Sadie Brown et John Henry West. Ils restaient assis tous les trois autour de la table de la cuisine, parlant de choses toujours les mêmes, les répétant à l’infini, si bien que pendant ce mois d’août les mots s’étaient mis à rimer les uns avec les autres, en produisant une étrange musique. Chaque après-midi, le monde avait l’air de mourir, et tout devenait immobile.

Carson McCullers







Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes




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