Mardi 23 juin 2009




J’ai entendu la clef tourner durant dix-sept pages

Le silence se répandait du premier au troisième étage

Il a plié ses ailes en quatre et les mains levées

Vers le silence pour le saisir

S’est soudain jeté dans le monde

Brûlant de se prendre au jeu

Avec autour du cou 

Le ciel morcellé 

Qui s’étend, éternel

Avant de s’évanouir

Pour de bon


J’ai entendu la clef tourner durant cinq cents pages

Sans consentir à me rendre

Et je le vis s’évanouir

Ici ou là peu importe

Que le temps ne fasse qu’un

Avec le silence

En mon commencement la fin

Que mes yeux ont vue



 

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Vendredi 5 juin 2009

 

L’image finale d’une terre sans âme

Je la tiens sous les plafonds

Serrée entre les extrêmes

Hors des limites d'une chair fantôme

Je tends les mains pour me rendre

Où se perdent les paroles

Ce qui fut

Ce qui est

Les spasmes égarés d'un corps

Qui se cambre

Sous les strates

Lisses lisses

Dans un mouvement de balancier

Qui cherche de lui-même

Son essence

Taillant des allées entières dans la pierre

Rayant le ciel de sa mémoire

Et je n'attends rien




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Mardi 5 mai 2009



Au-dessous de l’aile gauche

A demi sur la corde

Au-dessus d’un dieu lourd

Qui coule tire

Sur mon stick

Sans offense

Pensant hauteurs et Sisyphe

En sursis près d’un pont

Guettant les moindres nuances

D’une hypothèse onyx

Mon âge avance

En relief

Dans le fond 

Quelle importance

De sonner fort

De faire vibrer

Les idées fixes

Mon âge avance

C’est en relief 

Qu’il bat le rythme

 

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Mercredi 22 avril 2009



Aujourd’hui, j’ai su que l’ivrogne serait le moteur de la narration. La plaie de l’ivrogne: il aurait suffi d’un peu d”alcool pour qu’elle ne s’infecte pas. Mais rien. Le silence a créé l’ivrogne. Il n’a pas voulu fuir la vérité. Mais il a dû se l’inventer dans la fuite. Il pourrait dire cette phrase à un moment du récit : “il m’a fallu serrer l’absurde au plus près et lâcher les racines qui me reliaient au monde”.


 
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Jeudi 2 avril 2009

Lumière originelle
C'était un rêve entre mes doigts que je retourne
Le jour te regarde

Est-ce que je sais
La seule chose qui vaille
Ce que j'ai dit le coeur attend
Est-ce que je sais
Faire tourner le ciel

Est-ce que je sais
Les pages qui s'oublient
La terre est un abîme
Où je n'ai plus marché
Est-ce que je sais
Le rêve qui m'a brisé

Est-ce que je sais
Que tu dors sous le jour
Ton corps immaculé
Quand la neige se retire
Est-ce que je sais seulement



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Mardi 24 mars 2009



Et très loin
Comme on remet les pendules à l'heure
Il y a le corps de l’Europe en théorie
Le premier venu  
Qui tracte la démocratie
Tous les jours vers 15 heures
Il y a l’avenir proche
Qui reprise les trouées
Dans les cours privées 
Où chaque pas résonne 
Tiède pour la saison 
Divine unanime 
Avant la fermeture
Du café 
N’importe quelle aiguille
Il y a les numéros
Dans le désordre
La bouteille de butane le tabouret Socrate Machine gun autour du cou lycose passion
Et le matricule
A retenir
A l'heure où 
Tangue penche se raccroche aux branches
L'état de droit  
Le temps s'en vient
De rapiécer
De se mettre à table
De se vendre au rabais
Qui aimerait perdre le nord 
Qui aimerait être juste un euro une bouture un dollar
Une tarentule


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Samedi 21 mars 2009




Suffit de frois fois rien et la comédie nous échappe

J’ai laissé la fenêtre ouverte 

Et mon étui à cigarettes noir

Derrière la vitre sans tain


Et j’attends

Que le type saute du pont de Brooklyn

Je sais qu’il aimera les fleurs jaunes


J’attends

A l’intérieur de l’église

Dans chaque recoin du choeur 

J’aimerais cracher dans le refrain

Une phrase obsessionnelle


Le type me souffle :

A fleur d’eau 


Je sais qu’il aimera les fleurs jaunes

Je prendrai la première rue à droite

Jusqu’à la frontière

Je sais qu’il aimera

Mes fleurs visionnaires


 

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Jeudi 5 mars 2009

Tandis qu’elle se relève
Je remplis d’air
Les poches
Et ruine jusqu’à l’os
Mon coma

Certaines heures
La lutte comme un leurre me traverse
Le courant

Son corps est une main levée
De feuilles volantes

Vert aux lèvres disparu
Je transperce le matin
De mon souffle

(Et j’ajoute :
Je n’ai pas de permanence
Dans le corps à corps)



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Mercredi 18 février 2009


Peu importe qu’il sombre, c’est une comédie.

Il va à la fenêtre, jette un oeil, nuit opaque.

Les jours, les mois ont passé sans qu’il en ait douté.

Il siffle et cet air-là aurait pu le faire rire.

Alors il rit.

Il mêle son souffle à l’usine.

Comme s’il lâchait prise.

Il échappe au silence.

Lui seul le front grave.

Sait ce que tu endures.

Alors il rit.

Parce qu’il ne peut rien faire d’autre.

 

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Mardi 10 février 2009


Instincts that can still betray us,
A journey that leads to the sun,
Soulless and bent on destruction,
A struggle between right and wrong
You take my place in the showdown,
I'll observe with a pitiful eye,
I'll humbly ask for forgiveness,
A request well beyond you and i

Heart and soul, one will burn
Heart and soul, one will burn

An abyss that laughs at creation,
A circus complete with all fools,
Foundations that lasted the ages,
Then ripped apart at their roots
Beyond all this goos is the terror,
The grip of a mercenary hand,
When savagery turns all good reason,
There's no turning back, no last stand

Heart and soul, one will burn
Heart and soul, one will burn

Existence well what does it matter? 
I exist on the best terms I can
The past is now part of my future,
The present is well out of hand
The present is well out of hand

Heart and soul, one will burn
Heart and soul, one will burn
One will burn, one will burn
Heart and soul, one will burn



Ian Curtis (Closer)


_____

 
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Frankie Addams





It happened that green and crazy summer when Frankie was twelve years old. This was the summer when for a long time she had not been a member. She belonged to no club and was a member of nothing in the world. Frankie had become an unjoined person who hung around in doorways, and she was afraid. In June the trees were bright dizzy green, but later the leaves darkened, and the town turned black and shrunken under the glare of the sun. At first Frankie walked around doing one thing and another. The sidewalks of the town were gray in the early morning and at night, but the noon sun put a glaze on them, so that the cement burned and glittered like glass. The sidewalks finally became too hot for Frankie's feet, and also she got herself in trouble. She was in so much secret trouble that she thought it was better to stay at home—and at home there was only Berenice Sadie Brown and John Henry West. The three of them sat at the kitchen table, saying the same things over and over, so that by August the words began to rhyme with each other and sound strange. The world seemed to die each afternoon and nothing moved any longer. At last the summer was like a green sick dream, or like a silent crazy jungle under glass. And then, on the last Friday of August, all this was changed: it was so sudden that Frankie puzzled the whole blank afternoon, and still she did not understand.

Carson McCullers







Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes




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